N’en déplaise à ceux que l’évolution institutionnelle hérisse, nos Régions se préparent activement à recevoir leur lot de compétences additionnelles. Pour peu que l’encre des transferts puisse sécher, on en commentera un jour la teneur et l’harmonie. A ce jour, toutefois, l’unique certitude réside dans le rôle de premier plan que la Wallonie, comme la Flandre et Bruxelles, toutes régions ‘à part entière’, seront amenées à jouer dans la Belgique du 21ème siècle.
Trentenaire, notre Wallonie a traversé au fil des âges quantité d’événements qui lui ont permis d’enraciner une personnalité trempée, empreinte de lucidité, foncièrement volontariste et ouverte sur le monde. Notre Région dispose ainsi d’une ancestrale rage de vaincre et d’une capacité croissante à se remettre en question, atouts autrement plus structurants que les aléas d’une conjoncture économique, par définition mouvante.
La Wallonie a ainsi compris qu’elle maitrisait son redéploiement, que son développement économique était généré par elle et pour elle. C’était l’objet hier du Contrat d’Avenir et du Plan Marshall. C’est aujourd’hui celui du Plan Marshall 2.vert, de l’Alliance Emploi-Environnement ou encore de Creative Wallonia.
La mise en œuvre de ces programmes structurants a déclenché la prise de conscience collective d’une identité wallonne, allergique à tout repli sur soi, et moteur dynamique du développement de sa Région, notre Région !
Il faut aujourd’hui encore aller plus loin. Les discussions ayant cours actuellement pour la formation d’un gouvernement fédéral le démontrent à l’envi : construire un projet collectif pour la Wallonie est le meilleur garant de la pérennité d’un Etat fédéral efficace, puissant rempart contre le séparatisme.
Cela nous oblige donc tous à réfléchir aux moyens permettant d’offrir une plus grande surface politique à la Wallonie et, dans ce cadre, nous devons constamment nous demander comment dynamiser encore la façon dont notre Région structure son espace public et démocratique. Non pas dans une réflexion purement institutionnelle, réservée à quelques commentateurs ou experts autodésignés, mais en ce que cela soutient le développement de ce projet.
Car que nous venions de Charleroi ou de Liège, vivions à Nivelles ou Dinant, travaillions à Arlon ou Mouscron, nous œuvrons à ce que l’intérêt suprême de la Wallonie transcende les intérêts sous-régionaux et locaux, sans pour autant les effacer.
Aussi, si nous voulons offrir à notre Wallonie une affirmation plus marquée du fait politique régional, une surface politique à la hauteur des nouveaux défis en instance de transfert, nous devons assumer davantage encore le devenir de notre Région en la dotant des symboles affirmant ce fait régional, telle une circonscription électorale à l’échelle de la Wallonie !
Notre Wallonie a en effet besoin de structurer institutionnellement la conscience politique régionale qui s’affirme différemment dans toutes les formations politiques. La confirmation parlementaire de cette incarnation régionale illustrerait sans ambages combien la Wallonie entend assumer pleinement son rang, et se doter des outils nécessaires au fonctionnement optimal de la Belgique du 21ème siècle.
La poursuite de ce projet wallon se trouvera accélérée par la réforme en profondeur que connaîtra notre pays et le rôle prépondérant que joueront les Régions dans le cadre des transferts des compétences. Les Régions seront la pierre angulaire du nouveau système institutionnel belge et devront donc être le réceptacle de nombreuses compétences transférées par l’Etat fédéral.
Cela nous obligera également à ouvrir un débat au sein de l’espace francophone sur l’organisation des compétences qui y sont exercées, car nous partageons l’idée qu’il est essentiel de restructurer et de simplifier les niveaux de pouvoir intermédiaire.
Car ce mouvement, la Wallonie le déploiera main dans la main avec Bruxelles, Région autonome et à part entière, dans le cadre d’une véritable Fédération Wallonie-Bruxelles, trait d’union institutionnel par excellence entre ces deux Régions, tout en garantissant, en Wallonie, un statut particulier à la Communauté germanophone.
Architectes de leur avenir, Wallonnes et Wallons nous trouveront avec tant d’autres à leurs côtés pour vaincre plus efficacement les derniers résidus des clichés éculés qui, à force de répétition, ont pu ronger leur désir d’assumer plus de responsabilités, à l’intérieur de l’indispensable Etat belge en voie de modernisation.
Camarades,
Il y a tout juste une semaine, Philippe Gilbert ponctuait son grand chelem ardennais avec une superbe victoire dans la Doyenne, Liège-Bastogne-Liège. Vendredi, le Standard a poursuivi l’incroyable parcours qui lui permet les rêves les plus fous. A travers ses sportifs aussi, la Wallonie reprend des couleurs.
Car la Wallonie gagne. Je le vois tous les jours. Même si certaines plaies sont longues à cicatriser. La Wallonie remporte des succès et fait connaître son excellence bien au-delà de nos frontières.
A travers le Contrat d’Avenir d’abord, le Plan Marshall ensuite, la Wallonie a retrouvé le goût et le chemin de la gagne. La hausse constante de nos exportations et l’accroissement du nombre de nos entreprises en attestent. Il reste évidemment du travail à accomplir et sans doute faudra-t-il longtemps encore remettre l’ouvrage sur le métier. Nous le savons mieux que quiconque et nous n’avons pas besoin des leçons que d’autres se croient autorisés à nous donner, avec un ton qui oscille entre condescendance et menaces à peine voilées.
Je l’ai déjà dit et je le répète une fois encore : la Wallonie n’a pas peur d’assumer des responsabilités supplémentaires. Au contraire, moi je le revendique. Mais il est évident qu’on ne peut pas nous demander d’être davantage responsables sans nous en donner les moyens. Il faut un minimum de cohérence.
Ces responsabilités nouvelles des Régions, des trois Régions, et ce sens des responsabilités réaffirmé par les Régions, les trois Régions, ils sont inscrits dans l’histoire.
Même si, et c’est peu de le dire, on ne voit pas très clair sur les négociations institutionnelles en cours, la Wallonie sera, demain, plus responsable de son destin qu’elle ne l’est aujourd’hui.
J’ai lancé voici peu un appel aux interlocuteurs sociaux pour qu’ensemble nous dessinions l’avenir de la Wallonie. Je le réitère aujourd’hui, 1er Mai, qui n’est pas un jour comme les autres puisque nous y fêtons le travail et les travailleurs. Il est en effet de notre devoir de tracer, ensemble, le chemin des 5, 10, 20 prochaines années pour que ce chemin soit celui de la croissance de la Wallonie. Croissance économique, certes, car elle est indispensable pour en partager les fruits, mais aussi et surtout croissance de la qualité de vie de chacun. Et, pourquoi n’aurions-nous pas le droit de le dire, croissance du bien-être et du bonheur pour tous, et singulièrement pour toutes celles et tous ceux qui en sont aujourd’hui le plus éloignés.
Camarades,
Cela fait plus d’un an, eh oui, que le gouvernement fédéral en place est démissionnaire. En « affaires courantes »… dit-on. Il est étonnant de noter, au passage, que lors de précédentes périodes de négociations institutionnelles, des gouvernements ordinaires n’ont pas eu droit à une longévité comme celle de ce gouvernement…en affaires courantes.
D’ailleurs, à bien y regarder, le gouvernement fédéral n’est pas en affaires courantes. Ce que nous connaissons, c’est au minimum un gouvernement transitoire, provisoire, intérimaire… Je vous laisse le choix de l’adjectif.
Que dire d’autre, en effet, d’un gouvernement qui prend des mesures fiscales, boucle un budget, remplace les interlocuteurs sociaux dans la conclusion d’un accord interprofessionnel…et nous fait entrer en guerre en Libye.
Que dire d’autre d’un gouvernement zélé qui remet sa copie sur le Pacte de stabilité européen avec une longueur d’avance sur ses petits condisciples et qui fait mieux que ce qu’on attend de lui. Et qui par ailleurs dépose un plan de réforme notamment sur le marché de l’emploi.
Il manque juste à ce gouvernement, avec tous les guillemets d’usage évidemment, une majorité solidaire tenue par une déclaration de politique générale et un programme.
Le contexte politique oblige donc le gouvernement fédéral à naviguer à vue, cabotant au gré des alizés parlementaires. D’aucuns me diront, un peu vite je crois, que cette situation a du bon malgré tout avec le rôle revigoré du Parlement. Dois-je rappeler que le parlement fédéral est majoritairement de droite – cette droite qui aime à se retrouver dans les restaurants étoilés tel que Bruneau - et que la majorité de cette majorité de droite est flamande tendance nationaliste. Doublement égoïste donc, pourrais-je ajouter.
Dans cette assemblée, ils sont nombreux à mépriser la solidarité interpersonnelle, une protection sociale et des services publics ambitieux, des pensions qui permettent de vivre dignement.
Ils sont nombreux à rêver à la suppression de l’indexation automatique des salaires.
Camarades,
Il y a deux ans la crise économique s’annonçait ; elle a explosé sous la crise financière. Nous avons vu à ce moment-là les banquiers courir comme des poules sans tête. Tout le monde nous a parlé de réforme, de régulation, du juste retour de la puissance publique et chacun jurait la main sur le cœur qu’on ne l’y reprendrait plus.
Deux ans plus tard que constate-t-on ? Que les comptes publics ont été déséquilibrés et que les marchés financiers qui spéculent contre des Etats n’ont aucun scrupule à générer de la misère. Qu’on a demandé aux travailleurs de faire des efforts pour sauver emplois et entreprises et qu’ils n’ont pour seul retour de ces efforts que leur indignation face à la ronde renouvelée des bonus inacceptables que s’accordent ceux qui nous ont conduits dans le mur. Le système néolibéral est plus indécent que jamais, prônant le chacun pour soi et semant l’égoïsme.
Certains fêtent aujourd’hui, en bleu, mais pas en bleu de travail, le printemps du profit. Et pendant ce temps, sur l’autre rive de la réussite, on parle de « génération galère » et de discrimination par le territoire. On voit des travailleurs vivre sous le seuil de pauvreté. Là, ce n’est pas « Plus belle la vie », c’est « plus chère la vie ».
Alors que les effets de la crise s’atténuent et qu’apparaissent des éléments de croissance, on ne peut être que scandalisé de constater qu’ils profitent à ceux qui ont causé la crise et non à ceux qui l’ont subie.
L’Europe a, à cet égard, un rôle majeur à jouer et nous devons tous la forcer à travailler à un véritable plan de relance plutôt qu’à s’abandonner aux financiers et à leurs diktats pour punir les Etats qui ne sanctionnent pas assez leur peuple.
Il serait temps aussi que les entreprises de l’économie réelle qui ont également souffert de la crise se démarquent de l’économie financière qui les étrangle plutôt qu’elle ne les soutient.
N’est-ce là que doux rêve et vœu pieux ? Je me refuse à l’accepter et je persiste à croire que la démocratie peut être un levier terriblement efficace de transformation.
Et, en effet, tout n’est-il pas possible quand à Tunis, dans les rues, on entend scander : « Le peuple est intelligent » ? Tout n’est-il pas possible quand les apathies, les désabusements deviennent volontés populaires pour renverser les dictatures ?
N’oublions surtout jamais que les angoisses et les frustrations font le bonheur des démagogues et que je vois aujourd’hui un défi titanesque pour la gauche, pour les gauches : inventer un nouveau compromis social dans une économie mondialisée. « Changer la vie » était-il écrit sur les murs de France, il y a 30 printemps. Et c’est cette espérance, cette foi dans l’amélioration des conditions de vie du peuple qui a conduit François Mitterrand à la présidence de la République française. Avec son lot de désillusions, c’est vrai, mais aussi avec des conquêtes majeures.
Au moment où nous sommes au croisement de notre destin, Camarades, c’est à nous, je vous le dis, de changer la vie.
Heureusement, de plus en plus de Wallons croient désormais en leur région, en cette Wallonie du Plan Marshall à qui, comme ses meilleurs sportifs et malgré les difficultés actuelles et passées, il arrive de plus en plus souvent de gagner. Je ne sais trop s’il nous faut à tout prix construire une improbable identité qui finirait tôt ou tard par isoler en affirmant. Je crois plus au sentiment partagé d’appartenance.
Souvenez-vous, c’était en 1961, au printemps. Une irruption populaire inédite. Un besoin éprouvé par le peuple wallon. Le Mouvement Populaire Wallon naissait.
On appartint au MPW parce qu’on mettait les intérêts de la Wallonie et des Wallons au-dessus de tous les autres.
Aujourd’hui, nous disons : sont Wallons celles et ceux qui ont choisi de vivre en Wallonie.
Si André Renard pouvait craindre une dilution de la Wallonie dans la Belgique unitaire, aujourd’hui, soyez-en convaincus avec moi, c’est la région qui est la voie de la réussite wallonne.
Comme le fédéralisme a dû en passer par la conscience populaire, l’appartenance wallonne sera populaire ou ne sera pas.
Nous savons aujourd’hui ce que représente un régionalisme politique moderne. Il nous reste une tâche à achever : rassembler toutes les énergies wallonnes pour la réussite de la Wallonie.
La Wallonie va mieux, elle a besoin d’un large mouvement populaire pour aller mieux encore. Et c’est le parti socialiste qui doit et va porter ce mouvement populaire en et pour la Wallonie.
Parce que la justice sociale est impensable sans le PS.
Parce que nous sommes tout à la fois, la force de progrès et de stabilité, d’émancipation et de protection. Parce que nous devons être la force d’avenir.
Bon Premier Mai à chacune et chacun d’entre vous.

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