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Pendant que nous avons tous les yeux tournés vers la France, l’actualité au Moyen-Orient apporte tous les jours son lot de morts et d’horreurs et il ne faudrait pas qu’on l’oublie. D’autant que, parmi toutes les nouvelles, une spécialement vient attester de manière particulièrement évidente de l’échec de la politique de force en Irak
Cette nouvelle c’est l’insistance de l’armée américaine pour construire, à Bagdad, un mur encerclant un quartier sunnite de la ville, afin de le protéger des incursions possibles des voisins chiites. Qu’après quatre ans d’occupation militaire et de violences atroces de tous les côtés, on en vienne à enfermer les quartiers dans des murs, comme s’ils étaient des prisons, en dit long sur l’ampleur de l’échec américain. D’autant que, pour une des toutes premières fois, non seulement le Premier Ministre Maliki mais aussi le Président Talabani se sont ouvertement désolidarisés de leur allié et refusent la décision de l’armée. Personne d’ailleurs, à Bagdad, ne semble vouloir de ce projet hormis les forces d’occupation. En effet, ceux-là mêmes qui devraient se retrouver protégés par le mur en question, les habitants sunnites du quartier d’Adamiyah, manifestent à répétition contre sa construction.
Mais par-delà le contexte irakien, cet événement est lourdement symbolique du monde tel que le voient les conservateurs américains (et aussi, souvent, les conservateurs européens, il faut bien le dire) : des murs, il s’en construit aujourd’hui partout. En Palestine, bien sûr, cicatrice visible des souffrances de cette région du monde ; mais aussi à la frontière américano-mexicaine, le Rio Grande n’étant évidemment pas suffisant pour empêcher la pression migratoire vers « El Norte ». Et surtout, comment ne pas penser, dans un autre registre, aux murs de ces « villes privées » qui poussent comme des champignons, en Amérique du nord et en Europe et où se réfugient les riches retraités blancs qui fuient la promiscuité avec les pauvres, les noirs, les latinos… et les enfants !
Car au fond, tous ces murs sont de même nature. Ils témoignent de la peur des sociétés riches – et surtout de leurs membres les plus aisés – devant la revendication des plus démunis. Si on ne réagit pas, demain, ces murs de toutes sortes remplaceront progressivement les politiques sociales. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : au moment où, de tous côtés, les politiques conservatrices mettent en cause la solidarité collective, au moment où reprend vigueur le discours thatchérien sur « la société qui n’existe pas », c’est la ségrégation spatiale qui s’impose comme mode de gestion des relations entre les gens : ici les noirs, là, les blancs ; ici les pauvres, là les riches ; ici les sunnites, là, les chiites… et ainsi de suite ad nauseam.
Au moment où le « mur de séparation » devient le symbole le plus évident d’un délitement possible de notre civilisation, ne faudrait-il pas demander à l’Amérique de se souvenir qu’il fut un temps, pas si lointain, où ses hommes politiques les plus populaires se battaient eux-mêmes contre les murs ? Qui n’a en mémoire le « Ich bin ein Berliner » de John Fitzgerald Kennedy le 26 juin 1963 ? Bien sûr, avec le temps, on a peut-être un peu romantisé cette époque. Il n’empêche. Cette Amérique-là, aujourd’hui, me manque comme elle manque sans doute à beaucoup d’autres, là-bas comme ici, et il serait temps qu’elle revienne.
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