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Lundi 26 février 2007 1 26 /02 /Fév /2007 15:06
Une victoire des femmes.
 
Depuis quelques jours, les femmes portugaises savent qu’elles vont sans doute conquérir le droit à l’avortement, dans des conditions qui restent à définir. La victoire nette du « oui » au référendum organisé ce dimanche ne constitue pas à elle seule une garantie : moins de 50 % des électeurs s’étant déplacé, le résultat n’est pas juridiquement contraignant. Mais le Premier Ministre socialiste a déjà annoncé qu’il respecterait la volontaire populaire et agirait pour faire modifier la loi. Le chef du principal parti d’opposition, le Parti Social-Démocrate, a annoncé qu’il souhaitait lui aussi tenir compte de l’avis majoritaire.
 
Comme socialiste, je ne peux que me réjouir de voir le Portugal faire un pas supplémentaire dans le mouvement européen d’émancipation croissante des femmes (non encore totalement abouti, il s’en faut de beaucoup) et vers cette valeur fondamentale qu’est la libre disposition de soi. Et surtout, avec la majorité des votant(e)s de ce dimanche, on se réjouira, d’un simple point de vie humain, d’une évolution qui peut mettre fin au drame vécu annuellement par près de 20.000 femmes, principalement les plus pauvres, obligées d’avorter clandestinement chaque année dans des conditions de santé dramatiques. En cette année 2007 consacrée par la Commission européenne, « année européenne de l’égalité des chances pour tous », le Portugal traduit cette volonté politique dans les faits au travers, ironie du sort, d’un référendum dont l’actuel président de ladite Commission, José Manuel Barroso avait refusé l’organisation lorsqu’il était Premier ministre à Lisbonne.
 
Dans un pays resté historiquement catholique à plus de 80 %, cette victoire du « oui » n’a pas été facile, certains ténors de l’Eglise de Rome n’ayant pas manqué de tenter d’influencer le scrutin .
 
L’aventure portugaise de ce dimanche et sa conclusion heureuse nous rappellent évidemment des moments connus dans notre pays il y a déjà plus de vingt ans. La résistance acharnée de l’Eglise catholique évoque aussi pour nous, des temps que l’on peut espérer révolus en Belgique. Je comprends aisément l’indignation de nombreux laïcs devant l’obstination que met la hiérarchie catholique, ou tout autre institution ou groupe de pression, à combattre avec toujours autant de vigueur le droit pour chacun de garder en dernier ressort, le libre choix de ce qu’il fait de son corps. Pour autant, ce n’est pas la leçon qui me paraît devoir être tirée du référendum portugais. Au contraire : ce que celui-ci démontre, c’est qu’en Europe, même là où la foi catholique est très majoritaire, au sein même des communautés chrétiennes se développe ainsi une réflexion morale autonome et de moins en moins de chrétiens acceptent les oukases de leur propre institution. En cela, les croyants font la démonstration qu’ils peuvent vivre leur foi en toute autonomie.
 
Cela ne vaut, certes, que dans notre « vieille Europe ». Sur les autres continents, la laïcité reste quelque chose de difficile à vivre et, notamment dans cette société particulière que constituent les Etats-Unis.
 
Mais le référendum portugais vient nous montrer une fois de plus que, chez nous, il est possible de concilier une morale laïque avec des convictions religieuses et que le clivage laïc/clérical peut être sinon dépassé, au moins apaisé. Je pense que c’est, sans jeu de mots, une « bonne nouvelle » : dans beaucoup de sociétés européennes, ce clivage a parasité longuement la vie politique, contrecarrant les souhaits d’unité progressiste de tous ceux qui, laïcs, chrétiens, juifs ou musulmans (pour ne prendre que les religions les plus pratiquées chez nous), ont en commun le souci d’une société plus juste et plus tolérante. En Belgique, en particulier, pays qui reste majoritairement catholique, lui aussi, (même si c’est sans doute de manière assez molle) il a été possible d’engranger des changements majeurs sur l’euthanasie et l’union homosexuelle, dans un consensus politique finalement assez large.
 
Là est pour moi la leçon essentielle du référendum portugais : les antagonismes religieux, en Europe, doivent beaucoup aux ambitions d’institutions ecclésiastiques désireuses de maintenir leur contrôle sur leurs ouailles. Nos sociétés gagneraient sans doute sérieusement en lisibilité politique à ramener le conflit laïc/clérical à des proportions moins fantasmées, d’un côté comme de l’autre : confrontés seulement aux réalités morales de la vie quotidienne, croyants et non croyants peuvent se retrouver sur des valeurs communes et sur un même projet de société, sans abdiquer leurs spécificités, mais dans le respect mutuel et la construction de compromis acceptables. C’est au fond la seule définition utile de l’idée de « laïcité ».
Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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