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Lundi 18 décembre 2006 1 18 /12 /Déc /2006 12:12
La gauche « anti-libérale », française, n’a toujours pas réussi à se mettre d’accord sur un candidat commun. Cette situation contraste singulièrement avec la manière particulièrement transparente dont le débat s’est mené au sein du PS français et a abouti à l’investiture de Ségolène Royal par les adhérents du parti.
 
Cette opposition illustre bien la stérilité typique de cette gauche radicale – aujourd’hui plus présente en Europe qu’elle ne l’avait été depuis de nombreuses années. D’abord, bien sûr, parce que sa logique utopique l’égare souvent dans des dérives qui sont loin d’être sans danger : en témoigne, le temps qu’il lui a fallu pour se distancier du communisme soviétique et, parfois même, de ses pires excès (qu’on songe au génocide cambodgien, par exemple). Mais aussi, parce que même lorsqu’elle est moins aveugle, son hostilité à toute économie de marché l’empêche d’envisager le moindre compromis avec la gauche de gouvernement. Et enfin, parce que pour faire de la politique, on doit avancer sur un projet, et on ne peut simplement s’accorder sur un « non », en l’occurrence le « non à l’Europe » de mai dernier, qui rassemblait, en France, à la fois un grand nombre de travailleurs inquiets pour leur avenir, mais aussi tout ce que le pays peut compter de chauvinisme xénophobe.
 
Faut-il déplorer cet émiettement de la gauche « anti-libérale » ? Comme socialiste, je pense que non et je l’assume. Certes, je comprends l’impatience de certains – en particulier parmi les jeunes – de voir les sociétés européennes si riches et, en même temps, si impuissantes (ou si frileuses) lorsqu’il s’agit de faire concrètement reculer les inégalités. Mais je crois que le rejet de tout compromis débouche en définitive sur une attitude de « refus du monde » qui ne fait avancer aucune cause concrète. N’oublions pas que c’est aussi l’émiettement des voix de la gauche qui avait permis à Le Pen d’accéder au second tour en avril 2002.
 
Aujourd’hui, parmi les six membres fondateurs de la « vieille Europe », l’extrême-gauche est bien présente : il n’y a qu’en Belgique et au Luxembourg qu’elle n’ait pas réussi une percée. Ma conviction est que ce n’est pas un hasard. Quels que soient les reproches que l’on peut lui faire – et certains sont légitimes – le PS, (et le SP y a contribué) a réussi, probablement mieux qu’ailleurs, à maintenir l’ambition centrale du socialisme : la protection des plus faibles par la mutualisation des risques. On nous envie souvent, chez nos voisins, la qualité de nos soins de santé, l’indexation des revenus, la protection des salariés, mais aussi des pensionnés et des chômeurs. Pour acquérir et défendre tout cela, le PS, dans la continuité de l’histoire du vieux POB, a fait beaucoup de compromis, c’est vrai. Ils étaient nécessaires. Mais il en a fait en définitive peut-être moins qu’ailleurs. Si la politique est, partout, l’art du possible, ce qui est possible dépend aussi de la volonté politique. Sans forfanterie et sans auto-satisfaction, si l’extrême-gauche fait entre 8 et 15 % des voix en France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas mais pas en Belgique, je pense que c’est sans doute aussi parce que le PS n’a pas trop mal réussi à maintenir le cap.
 
Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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