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Mercredi 6 décembre 2006 3 06 /12 /Déc /2006 15:02
Après la démission de Donald Rumsfeld, le très contesté Secrétaire d’Etat à la guerre de George Bush, c’est le non moins contesté John Bolton, ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’ONU, qui s’apprête à tirer sa révérence. Ces signes sont ténus mais ils indiquent qu’après la victoire des démocrates aux élections de novembre dernier, l’Amérique recommence à penser un peu plus en termes de diplomatie et un peu moins en termes de « force brute ».
 
L’insuffisance de la force est une leçon que l’Europe avait déjà apprise, pour avoir été déchirée par deux guerres atroces en l’espace de vingt-cinq ans. Donald Rumsfeld, précisément, reprochait à la « vieille Europe » une tendance systématique à préférer la diplomatie aux moyens militaires et au pur exercice de la volonté de puissance. L’échec avéré de la plus puissante armée du monde à juguler la violence en Irak montre bien, à l’inverse, les limites de l’usage de la force, aussi technologiquement avancée soit-elle. Le tragique est qu’il a fallu des dizaines de milliers de morts innocents pour que l’opinion publique américaine se réveille.
 
Ses dirigeants et ses Etats membres ont du mal à rendre l'Europe exaltante pour le citoyen : un réel manque d'ambition politique, un déficit social criant, trop de distance, pas assez de dialogue. Tout cela est vrai. Cela ne devrait pas nous faire oublier à quel point le processus de la construction pacifique de l’Europe fascine les autres grandes régions du monde. Ironiquement, il faut qu’un Américain nous le rappelle : pour Jeremy Rifkin[1], « Bien qu’il soit trop tôt pour juger de l’avenir des « Etats-Unis d’Europe », une chose est, me semble-t-il, certaine : en un temps où l’espace et le temps s’effacent rapidement et où les identités se superposent et se globalisent, aucune nation ne pourra parcourir seule les vingt-cinq prochaines années. Les Etats européens sont les premiers à comprendre et à réagir aux réalités émergentes d’un monde interconnecté à l’échelle de la planète ».
 
Si la diplomatie européenne est parfois, c’est vrai, perçue comme inconsistante, c’est que l’Europe, de par son histoire, ne peut pas voir les choses en noir et blanc. Elle a au moins cet avantage sur les Etats-Unis, d’avoir pris ses distances avec la vision manichéenne du « bien » et du « mal » qui ne cesse de hanter le puritanisme américain historique. Nous savons que la barbarie ne se combat pas par la barbarie. Cela nous conduit parfois à manquer de cohésion et de détermination européennes. Mais peut-être précisément cette pratique de prudente gestion de la complexité est-elle aujourd’hui un atout pour traiter avec un monde musulman qui n’est pas moins riche en histoire et en diversité, une histoire qui nous concerne d’ailleurs pour une large part.
 
Peut-être le temps est-il venu pour la « vieille Europe » de se manifester davantage et d’utiliser sa « différence » pour aider à dénouer une crise qui menace d’embraser la planète.
 


[1] Jérémy Rifkin, Le rêve européen, Paris, Fayard, 2005.
Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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