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On peut reprocher beaucoup de choses à Didier Reynders, mais certainement pas son manque de sens de la communication. Ni d’ailleurs une certaine constance dans la mauvaise foi (qui me dit que ça irait de paire ?).
En lisant hier dans Le Soir la énième sortie du Président du MR contre le plan Marshall, me revenait en tête une phrase souvent entendue dans ma jeunesse : mintez, mintez, I èn’ dmorè toudi ene sacwè. En fonction de cet adage populaire, dire le contraire de la vérité laisserait toujours des traces. Si l’on se place sur le plan de l’efficacité électorale et non sur celui de l’éthique, le procédé ne serait donc pas idiot. En tout cas, c’est une option qu’a manifestement retenue mon voisin du pays de Liège.
Reprenons : il y a un an, à l’annonce du plan Marshall, Didier Reynders en rejetait le principe a priori en considérant que « un plan Marshall, c’est tendre la main à quelqu’un d’autre ». Quand il s’est rendu compte que le projet du gouvernement wallon ne consistait pas à demander des subsides à d’autres entités mais bien à compter sur nos propres forces et à parier sur la créativité de nos chercheurs et de nos entreprises, le chef des libéraux a déplacé le centre de gravité de ses attaques – sans, bien entendu, faire amende honorable. Son angle de tir porte depuis lors sur la prétendue absence d’effets concrets du plan Marshall. Du point-de-vue de ce qu’il convient sans doute d’appeler « marketing politique », la posture du ministre des finances et de ses conseillers en communication est incontestablement adroite (ceci dit sans jeu de mot …). Le plan Marshall consiste pour l’essentiel à faire phosphorer nos entreprises et nos universités pour préparer l’avenir en évitant que notre économie ne dépende trop de solutions peu concurrentielles ou en voie d’être dépassées. Ses effets se font par conséquent sentir en cascade, et il est évident que, si, un an à peine après le démarrage de l’opération, ils touchent déjà une série d’opérateurs de terrain, ils ne seront par contre ressentis que progressivement par des cercles de plus en plus larges de la population. Prétendre que le plan reste sans effet fait donc appel, par un procédé en trompe l’œil, à l’expérience immédiate des gens. C’est un peu comme si, pour être taquin, je disais que le passage à l’Euro n’a pas eu d’effet sur le pouvoir d’achat …
L’autre astuce communicationnelle derrière le slogan libéral selon lequel le plan n’aurait pas encore d’effets, c’est celle qui consiste à suggérer qu’il prend du retard et tenter ainsi de masquer le fait, que bien au contraire, les délais de réalisation budgétaire, légistique et opérationnelle du plan Marshall ont été remarquablement rapides (une année, je le répète, entre l’annonce du plan et la première sélection de projets à l’intérieur des pôles de compétitivité).
Lorsque le chef de file libéral réaffirme qu’il n’a « pas rencontré Mr Marshall », je note d’ailleurs qu’il le fait à un moment précis, soit trois semaines après l’annonce de la première sélection de projets dans les différents pôles. Peu de temps avant celle-ci, on avait entendu le MR ré-entonner son antienne sur l’absence de résultats de Marshall. A l’annonce de la sélection, silence radio libéral ! Il faut dire que tous les observateurs – scientifiques, entreprises, gouvernement flamands, personnalités étrangères… – exprimaient alors des appréciations flatteuses sur la qualité de la sélection, dont l’indépendance et la transparence ont été saluées, ainsi que sur ses résultats. Dans le même temps, plusieurs de mes collaborateurs étaient invités à présenter notre expérience, au titre de bonne pratique, par des gouvernements étrangers qui envisagent à leur tour de développer la méthodologie adoptée en Wallonie. Voilà qui contredisaient les oiseaux bleus de mauvais augure et les contraignaient au silence. Pour combien de temps ? On connaît la réponse : une fois tout le monde en vacance, le petit refrain insidieux est à nouveau persiflé … Et gageons qu’on le réentendra encore souvent car, pour en revenir à l’analyse communicationnelle, la technique utilisée joue assez cyniquement sur ce que les stratèges médias appellent la capacité d’oubli des lecteurs/auditeurs/téléspectateurs : une fois qu’un sujet quitte
Pour ce qui me concerne, j’ai tendance à considérer que Mr Reynders nous donne là une illustration de ce fameux ‘mal politique wallon’ qu’il aime tant dénoncer. Car si ce mal (qui n’est d’ailleurs en rien spécifique à
Je souligne aussi que le risque de recourir à de tels procédés n’est pas nul en soi car, toutes autres choses demeurant égales par ailleurs, il sera toujours plus facile de disqualifier de la sorte les actions structurelles qui, comme le plan Marshall, partent des lieux de créativité et des outils de production pour irradier toute la société wallonne que les mesures ponctuelles à effet facial et immédiat. Le danger est grand, dés lors, de créer un climat qui encouragerait le monde politique à se détourner des grands chantiers fondamentaux, pourtant indispensables, au profit de mesures capillaires et limitées qui viseraient à impressionner directement et individuellement le plus grand nombre mais qui n’auraient que peu, voire aucun, impact positif sur l’intérêt général.
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