Partager l'article ! Liban: paradoxes américains et divergences européennes: Il y a une semaine, j’ouvrais ce blog sur la situation au Liban. Le Conseil euro ...
Il y a une semaine, j’ouvrais ce blog sur la situation au Liban. Le Conseil européen, que j’appelais de mes vœux, s’est réuni hier. Pour aboutir à une formulation ambiguë, qui masque mal les divergences de fond entre Etats membres. L’appel à une « cessation immédiate des hostilités qui sera suivie d’un cessez le feu durable » préserve cependant l’essentiel : la convergence de tous sur l’arrêt immédiat des violences armées. Au lendemain du drame de Cana, au cours duquel des dizaines de civils libanais ont été tués par les bombardements israéliens, on ne pouvait difficilement faire moins. Il n’empêche que cette prise de position a toutes les chances de demeurer lettre morte dés lors que les Etats-Unis soutiennent sans nuance et sans faiblir l’attitude d’Israël.
Ce soutien Américain à une solution armée unilatérale est à la fois typique et paradoxal. Il ne constitue pas vraiment une surprise dans la mesure où s’il s’inscrit logiquement dans la doctrine néoconservatrice qui domine en matière de relations internationale depuis l’élection de George Bush junior. Pour la résumer d’une formule, on pourrait dire que cette doctrine repose sur la conviction que les Etats-Unis sont les garants universels de la démocratie et que celle-ci doit être imposée, par les armes s’il le faut, là où elle n’existe pas (ou n’est pas suffisamment développée). Israël, allié des Etats-Unis, se voit automatiquement accordé un brevet de démocratie active. Son combat pour sa défense s’en trouve automatiquement légitimé, même s’il se traduit par une guerre sur un territoire extérieur à ses frontières nationales.
Le paradoxe réside cependant dans le fait que, cette fois, le pays agressé est une démocratie, la plus avancée sans doute de
Voilà bien la limite et l’ambiguïté du discours « néocons » américain : au nom d’une certaine idée de la démocratie, on ne voit pas d’objection à affaiblir la démocratie réelle. On prétend créer une grande pépinière démocratique au Moyen Orient mais on commence par laisser étouffer le plant vivace de démocratie qui s’y trouve déjà ! Après le désastre irakien, la preuve de l’inefficacité de l’approche actuelle de Washington ne devait plus être faite. Le doute demeurait toutefois permis, chez certains, quant à la sincérité sinon du discours, du moins des intentions. Cette fois, le masque risque bien de tomber pour de bon. Si l’objectif des Etats-Unis est bien, comme ils le prétendent, de promouvoir la paix et la démocratie au Moyen Orient, ils doivent faire cesser les combats. Dans le cas contraire, le monde entier pourra s’interroger sur leurs ambitions réelles réside et sur la séduction qu’opèrent chez eux les moyens plutôt que les finalités, à savoir la domination par la force.
En attendant, la position américaine est un fait qui doit être pris en compte par les Européens. De même que l’attitude britannique qui a, une nouvelle fois, trouvé là l’opportunité de réintroduire une ligne fractale dans la politique étrangère de l’Union. Mes camarades travaillistes devront un jour me démontrer qu’il n’y a pas là une volonté systématique de la part de Tony Blair. On le présente volontiers comme le « mieux-disant européen » au Royaume-Uni. Mais dans quelle mesure cette étiquette ne l’aide-t-elle pas surtout à tout faire pour empêcher que l’UE ne devienne véritablement une puissance mondiale ? Jusqu’à quel point ce dernier objectif ne joue-t-il pas un rôle au moins aussi important pour lui que son ambition de recréer un lien fort entre son pays et les Etats-Unis ? De ce point-de-vue, je partage totalement l’analyse de François Hollande, exprimée dans son livre d’entretiens avec le journaliste Edwy Plenel. Tout en reconnaissant à Blair des mérites incontestables quant à la manière dont il a rendu confiance à son pays sur le plan de la croissance, de la diminution du chômage et de la mutation économique, il se montre beaucoup plus critique pour ce qui concerne la dimension européenne. « Par une diplomatie active et une propagande habile, relève-t-il, [Blair] a largement influencé la dérive de l’Europe vers le modèle anglo-saxon : un grand marché, seul ciment d’une union élargie à vingt-cinq. Et le « non » français au traité constitutionnel, qui lui a évité d’organiser dans son propre pays un référendum dont l’issue ne faisait pas de doute, lui a permis d’en terminer, pour un temps, avec une Europe politique dont il pouvait craindre qu’elle fut trop marquée par le schéma institutionnel du couple franco-allemand »[1].
Il faudra être attentif, dans les jours qui viennent, à la manière dont les Etats membres de l’Union européenne se positionnent par rapport au deux propositions en débat : l’Américano-britannique, qui réclame un cessez-le-feu au moyen d’une force internationale qui prolongerait la mission actuelle d’Israël et éradiquerait le Hezbollah, et
[1] Devoirs de vérité, Stock, 2006, p. 199.
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