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La démocratie ne s’impose pas, écrivais-je plus haut. Elle réclame une mise capacité qui doit, elle-même être créée à travers des solutions politiques. Le processus mis en place depuis plusieurs années au Congo, processus qui connaît une phase décisive et, à ce stade, réussie, avec l’organisation des élections présidentielle et législative, constitue un beau contre-exemple de la situation décrite dans les lignes qui précèdent.
Certes, il ne serait pas raisonnable de comparer la situation au Moyen Orient à celle de la région des Grands Lacs. Il n’empêche que voici un pays immense, dont les frontières ont été tracées par des ambitions extérieures, qui a subi le colonialisme, qui a connu la dictature et l’exploitation de ses ressources, qui est à peine sorti de la guerre civile et qui pourtant se cherche un avenir à travers une solution politique. Celle-ci a été (je parle de la période de transition), est et sera forcément imparfaite. Il ne faut pas être naïf sur les rapports de force – parfois tissés de procédés extrêmement violents – qui sous-tendent les échanges entre leaders politiques, pas plus que sur les moyens parfois peu orthodoxes utilisés pour séduire les électeurs. Il ne faut pas se faire d’illusion non plus sur le fait que le processus démocratique, s’il se poursuit dans de bonnes conditions, mettra automatiquement et rapidement fin aux exactions et horreurs qui se poursuivent dans certaines régions. Néanmoins, reconnaissons qui’il a fallu et il faudra encore beaucoup de courage et d’intelligence politiques aux protagonistes du conflit congolais pour accepter les règles du jeu démocratiques.
Ces derniers jours, les images qui nous parviennent du Congo sont des plus rafraichissantes. Bien sûr, elles font état, autour de tel ou tel bureau de dépouillement, d’un joyeux bordel qui laisse auguré d’une rigueur approximative des résultats ; bien sûr, elles rapportent des contestations (et le phénomène est sans doute appelé à prendre de l’ampleur). Mais, dans l’ensemble, elles nous montrent surtout que le chemin démocratique est praticable, même dans des situations particulièrement difficiles. Merci à nos amis congolais pour cette belle leçon et tous mes vœux de réussite pour les étapes à venir !
Congo toujours : le passé colonial dans
A propos du Congo encore, je vous recommande la lecture de la traduction du fameux pamphlet d’Arthur Conan Doyle, Le Crime du Congo[1]. On doit cette initiative à une petite maison d’édition,
Il faut vraiment souligner ce geste car, si le texte du père de Sherlock Holmes n’est pas exempt d’approximations ni d’exagérations, il n’en constitue pas moins une pièce importante, au même titre que le Soliloque du Roi Léopold de Mark Twain, à verser au dossier de la colonisation et du débat qui fit rage, au début du siècle dernier et dans toute l’Europe, sur la cruauté et certains abus de l’entreprise coloniale du roi des Belges.
Préparer l’avenir, c’est aussi affronter le passé. Et qui veut comprendre le Congo d’aujourd’hui ne peut faire l’économie d’un inventaire critique et serré de la période coloniale. En ce sens, le travail des éditeurs est remarquable car ils ont fait suivre le texte – dont la dernière traduction française, incomplète et introuvable, remontait à …1910 – d’une lecture critique de Jean-Claude Willame, africaniste reconnu, et l’ont augmenté de plusieurs autres documents, dont une ligne du temps particulièrement bien conçue. Bref, de la belle ouvrage qui peut contribue utilement à notre indispensable travail de mémoire collective. Et qui tombe à pic pour aider à prendre en considération les racines du présent, sans angélisme ni auto-flagellation. Permettez-moi, à ce propos, de citer ici la conclusion de Willame. « Bien sûr, écrit-il, nous ne pouvons pas être tenu collectivement pour responsables des turpitudes de certains de nos aïeux. Bien sûr aussi, les Congolais, lorsqu’ils ne relisent pas aujourd’hui leur passé avec des lunettes moins critiques, voire plus complaisantes à l’égard du « Congo de papa », affectionnent de ruser avec nous sur la question de notre « responsabilité historique ». Mais une chose est tout aussi sûre. Nous ne pouvons faire l’économie de nos responsabilités actuelles face à un drame qui se rejoue aujourd’hui sous forme d’une économie de guerre où les viols, les meurtres et les massacres incessants ont remplacé les « mains coupées » de l’époque du caoutchouc rouge ».
[1] Arthur CONAN DOYLE, Le Crime du Congo, éditions La mesure du possible, 2006, 20Euros. La mesure du possible : 30, avenue Jef Lambeaux, 1060 Bruxelles ; www.lautresite.com
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