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Lundi 24 juillet 2006 1 24 /07 /Juil /2006 17:03

Ceci est mon premier blog. Même si j’aurais souhaité que cette première soit marquée par moins de gravité, il est d’autant plus important que le sujet est d’une terrible actualité.


La guerre – quel autre mot employer ? – qui vient d’éclater au Moyen Orient me fait l’effet d’une grande claque au visage.  Du genre de celles qui vous font douter de la possibilité de voir le monde réellement avancer vers la paix.  De celles qui mêlent la révolte au découragement.


Bon gré, mal gré, on avait le sentiment que les choses avançaient dans la région.  Lentement , par à-coups, imparfaitement certes, mais en gardant le levier de vitesse enclenché sur le mode marche avant.  Le Liban, enfin dégagé de l’emprise syrienne, semblait rendu à son libre arbitre.  Les forces démocratiques retrouvaient des raisons de regarder l’avenir en face : le débat politique se réorganisait ; l’activité économique connaissait une reprise remarquable et la saison touristique, la première à délivrer ses promesses de nombreux visiteurs, semblait devoir sceller les espoirs de renouveau.   En Israël et en Palestine, la situation apparaissait plus mitigée.  L’arrivée au pouvoir du Hamas avait jeté un froid qui faisait renaître les tensions après l’évacuation de la Bande de Gaza.  Mais l’accord intervenu entre Mahmoud Abbas et son gouvernement quelques heures avant le déclenchement du conflit ouvrait bien des possibles.

C’était sans compter avec les franges les plus radicales du Hamas qui, cherchant manifestement à faire capoter tout compromis, ont choisi de provoquer Israël par une équipée guerrière sur son territoire et, clou de la razzia, l’enlèvement d’un soldat.  C’était oublier un peu vite aussi la propension israélienne à ne pas en rater une pour rappeler sa supériorité militaire.  C’était enfin perdre de vue le Hezbollah voisin qui s’abreuve depuis toujours à la stratégie du pire.


Le Sud Liban, la Cisjordanie, Gaza.  Trois mèches. Le Hezbollah, le Hamas, les faucons de Tsahal.  Trois pyromanes.  Et, juste derrière, la Syrie et l’Iran d’Ahmadinejab pour souffler sur les braises (et fournir le combustible).  Ca fout la trouille.


Mais le plus inquiétant, me semble-t-il, c’est de laisser ces trois-là se débrouiller entre eux.  Que les Israéliens considèrent que le Hezbollah menace gravement sa sécurité est une chose – et une chose qui, j’y insiste, ne doit pas être minimisée : l’impressionnant arsenal de roquettes, missiles gyroscopiques et autres katiouchas rassemblé par les radicaux Chiites au Sud-Liban ne l’a pas été par hasard et à de quoi faire froid dans le dos.   Qu’ils décident de régler le problème eux-mêmes en s’asseyant sur le droit international en est une autre.  Mais que la communauté internationale –quoi que puisse ici signifier ce terme à géométrie variable … –  laisse les belligérants s’affronter au détriment de centaines de vies innocentes et au mépris de la souveraineté d’une démocratie cruciale pour l’équilibre de cette partie du monde, une démocratie fragile et en faveur de laquelle cette même communauté internationale s’était engagée avec force au cours des derniers mois, voilà qui est intolérable.


Le Hezbollah doit être désarmé et Israël doit se replier derrière ses frontières.  Ce sont les deux impératifs d’un règlement durable de la crise, règlement qui passe par le respect de l’intégrité territoriale du Liban et par le rétablissement d’un état de droit qui permette enfin aux différentes communautés libanaises de vivre en paix. Cela, comme l’indispensable établissement d’un vrai Etat palestinien, n’a aucune chance de voir le jour sans engagement courageux des grandes puissances.


Certes les freins à une telle solution sont nombreux et il n’entre pas dans mes intentions de les minimiser.  Mais, dans un monde d’interdépendance, un monde où l’embrasement généralisé du Moyen Orient aurait des conséquences catastrophiques partout ailleurs (montée du radicalisme, flambée du pétrole, nouvelles vagues d’immigration …), l’attentisme actuel, en plus de cautionner les centaines de morts civils déjà recensées, me paraît constituer un facteur aggravant du conflit.


L’ONU est un voie importante, mais elle n’est pas la seule.  Les Européens, de leur côté, doivent aussi se parler et décider comment agir ensemble. Outre tout ce qui a déjà été souligné plus haut, ils ont deux bonnes raisons pour le faire.  La première, c’est qu’ils ne peuvent laisser se déliter tout ce à quoi ils ont œuvré patiemment dans la région (y regagnant au passage un peu de leur crédibilité).    Ils doivent assumer les responsabilités prises avant les dernières élections libanaises et se porter garant de l’intégrité territoriale et de l’autogestion démocratique de ce pays ; ce qui implique aussi assumer leur erreur précédente d’encourager l’intégration du Hezbollah politique dans l’Exécutif libanais.  La seconde raison pour laquelle les Européens doivent agir ensemble tient au fait que, comme l’a bien analysé Renaud  Dehousse[1], la construction européenne, en phase de sévère ralentissement depuis les référendums français et hollandais, ne pourra être relancée qu’à travers des projets concrets et des entreprises communes.  Et c’est bien de ce dont il s’agit ici : le Liban est sur notre chemin.


A condition bien sûr que chacun admette qu’il s’agit d’un chemin commun.  Or rien n’est moins sûr : regarder les actualités de ce dimanche suffisait pour constater que les ministres allemands, français et anglais des Affaires avaient chacun choisi des itinéraires différents, au sens propre comme au figuré.


Pourtant, les institutions européennes offrent des outils à leurs Etats membres pour adopter une  initiative conjointe et disposer ainsi d’une plate-forme commune à élargir ensuite à d’autres partenaires.  Je pense en particulier aux Américains et aux Arabes.   Les Américains parce que, en plein conflit diplomatique sur la nucléarisation de l’Iran, ils ont là une opportunité de faire comprendre à Amadinejab qu’ils  ne toléreront pas l’expansion du totalitarisme chiite (quelque que soit par ailleurs leur responsabilité antérieure dans le développement de ce dernier …).  Quant aux pays arabes, dont on aura noté l’extrême prudence jusqu’ici, ils ont tout intérêt à montrer à leur population qu’ils apportent la paix là où le radicalislamisme sème la guerre ; et ce sans pour autant céder à Israël.


Ma conviction est que la Présidence du Conseil européen, le Haut représentant aux Affaires étrangères ou, à défaut, une coalition de plusieurs Etats membres devraient demander une réunion urgente du Conseil européen afin d’élaborer une position commune (qui présenterait aussi l’avantage d’augmenter le poids cumulé des Européens au sein de l’ONU).  Rien n’interdit à la Belgique de s’impliquer dans un tel dispositif.  Nous avions joué un rôle courageux avant et pendant le déclenchement de la deuxième guerre du Golfe.  Pourquoi ne retrouverions-nous pas cet élan dans le contexte actuel ?  C’est en tout cas mon souhait et, j’en appelle au gouvernement fédéral pour qu’il agisse résolument dans ce sens.




[1] La fin de l’Europe (Paris, Flammarion 2005) - Renaud Dehousse, liégeois, est directeur du Centre d’Etudes européennes de Sciences Po

Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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