Le parti socialiste a dévoilé dimanche la liste de ses candidats pour le Parlement européen. Voici le discours que j’ai prononcé à cette occasion. Il résume, je pense, assez bien les enjeux que pose cette élection. Je vous en souhaite bonne lecture.
Mes chers camarades,
Permettez-moi d’abord de vous dire le bonheur que je ressens
de prendre la parole, pour la première fois, à la tribune d’un congrès de notre parti.
Et la fierté de le faire en tant que tête de liste socialiste aux élections
européennes. Je mesure pleinement l’honneur qui m’est fait de représenter le parti partout en Wallonie et à Bruxelles. Et je demande à chacun d’entre vous de vous joindre à ma campagne ;
c’est en effet ensemble que nous gagnerons ce rendez-vous crucial pour le PS que sont les élections régionales et européennes du 7 juin.
Ces élections arrivent à un moment critique pour l’Union Européenne. La crise libérale, qui a commencé par une crise bancaire et financière, s'est étendue aujourd'hui à l'ensemble de l'économie réelle ;
Et elle menace des millions de travailleurs et d'entreprises.
Cette crise n'est pas le fruit du hasard et de la fatalité. L'œuvre de dérégulation, de financiarisation de l'économie, de privatisation et de libéralisation incontrôlée menée par la droite, notamment en Europe, est à la source du véritable désastre que nous vivons aujourd'hui.
La droite libérale nous disait qu'il fallait laisser-faire la main invisible du marché.
La main invisible, nous en voyons aujourd’hui la marque. nous constatons les dégâts qu’elle produit.
Dans la sphère financière, on a vu fleurir des produits financiers de plus en plus complexes, tellement complexes qu'ils en sont incompréhensibles.
Puis ce fut la chute. Mais cette chute ne s'est pas faite aux dépens des banquiers et des spéculateurs,non. Non c'est l'ensemble de l'économie réelle qui a été entrainée dans la débâcle de la crise capitaliste.
Et qui a dû venir à la rescousse ?
Qui a dû jouer les pompiers et éteindre cet incendie ? Cet incendie qui risquait de ruiner les petits épargnants et d'assécher le crédit tant des entreprises que des familles?
L'Etat bien sûr, la collectivité, le contribuable, c'est-à-dire nous !
Mais attention, pour la droite pas question de remettre en cause le dogme qui assure le jack pot : au plus vite on aura socialiser les pertes, au plus vite, à les entendre, il faudra revenir au bon vieux système du profit sans entrave, sans redistribution, sans solidarité. Nous ne serions que devant une simple adaptation du marché ;
Quelle indécence, quelle impudence pour les millions de sans emploi dans le monde !
La droite nous a conduits dans un cul de sac et que propose-t-elle pour en sortir ?
Elle dénonce l'indexation des salaires, demande des sacrifices aux travailleurs au nom de la compétitivité des entreprises et souhaite une concurrence accrue entre les travailleurs des différents pays pour limiter les hausses de salaire.
C’était d’ailleurs bien ça le but, à peine voilé, de la directive Bolkestein que nous avons réussi à modifier, avec l’aide de la mobilisation sociale et citoyenne et que j’ai arrêtée au nom de la Belgique lors d’un conseil des ministres européen.
La droite libérale veut systématiser la régression sociale en Europe. La directive sur le temps de travail qu’elle propose prévoit la clause de l’opt out, selon laquelle l’employeur et le travailleur peuvent librement, évidemment librement, décider, d’un commun accord, que le travailleur renonce à ses droits, en l’espèce celui de ne pas travailler 24 sur 24 et 7 jours sur 7. Cela revient à dire que chacun peut décider de se faire hara kiri, ce n’est pas ma conception de relations sociales qui doivent au contraire être équilibrées.
Il n’y a rien à espérer de cette droite.
Mais, camarades, une autre Europe est possible
L’ensemble des socialistes européens, sous la houlette de son président Poul Nyrup Rasmussen, s’est doté d’un programme commun, de propositions fortes pour sortir de la crise libérale.
Les socialistes européens proposent un Accord européen sur les salaires, premier pas vers un salaire minimum européen.
L’Union Européenne doit être autre chose qu’un espace ou les travailleurs de différents pays se livrent une concurrence sans merci. Notre Europe doit être autre chose qu’un espace où personne n’est gagnant si ce n’est les spéculateurs et leurs bénéfices.
Il faut enrayer cette dynamique désastreuse de dumping social. Et il faut commencer par là, par les salaires et le pouvoir d’achat.
Les socialistes européens proposent un Pacte européen du progrès social, avec des objectifs clairs et chiffrés pour les politiques nationales de solidarité, de santé et d’éducation, pour lutter contre la pauvreté et les inégalités.
L’Europe avait fixé des impératifs budgétaires : 3% de déficit et 60% de dette maximum. Il nous faut aujourd’hui des impératifs sociaux et sociétaux : en matière de d’emploi, de salaire, d’éducation, de santé, d’environnement.
Travailler plus pour gagner plus disait un président bling bling bien connu d’un ministre des Finances. On a vu ce qu’a donné cette véritable escroquerie intellectuelle et sociale !
Il faut au contraire renforcer nos systèmes de protection sociale, nos mécanismes de solidarité, et plus que jamais dans cette période de crise et de licenciements qui chaque jours grandit davantage.
Il convient ainsi, aujourd’hui, de sanctionner les entreprises qui délocalisent et licencient de manière irresponsable : en obligeant le remboursement des aides publiques, en alignant les indemnités versées aux travailleurs sur les plus élevées en application dans l’Union.
Et puisque nous parlons de social, un mot aussi sur les soins de santé : savez-vous que la Commission européenne a proposé une directive sur les soins de santé transfrontaliers, soi-disant pour faciliter la mobilité des patients en Europe ?
En réalité, il s’agit de mettre les systèmes de santé nationaux en concurrence, de permettre aux plus fortunés, ceux qui peuvent avancer les frais de déplacement et des soins, de s’adonner au shopping médical en Europe. C’est une espèce de directive Bolkestein de la santé.
L’enjeu d’une santé de qualité et accessible à tous ce n’est pas le shopping médical et la mise en concurrence. On voit ce que cela donne ! Aux Etats-Unis, le secteur de la santé est aux mains des assurances privées, dans une parfaite concurrence ; le résultat c’est une santé plus chère, de moins bonne qualité et qui laisse des millions de personnes sur le carreau.
C’est à l’heure ou les Américains, en votant pour Obama, ont dit assez, assez de ce système néolibéral dépourvu de solidarité, que la Commission Européenne de Barroso a choisi de s’attaquer de front à ce bastion du modèle social européen.
L’urgence, pendant cette crise libérale, c’est d’en finir une bonne fois pour toutes avec cette économie financière complètement dérégulée, incontrôlée et incontrôlable. Comment ? En interdisant les paradis fiscaux, en levant le secret bancaire, en imposant une certification européenne des produits financiers. Et pourquoi pas en lançant des banques publiques européennes, comme j’ai lancé la caisse d’investissement en wallonie.
Aujourd’hui, parce que la crise mondiale est là, même la droite, du bout de la langue, comme si c’était un gros mot, ne conteste plus la nécessité d’une régulation pour mettre fin à l’anarchie actuelle. Mais, attention elle veut une régulation corsetée, temporaire.
Chers camarades, restons extrêmement vigilants, car les paroles n’engagent à rien, et pour le moment rien de très concret n’est encore sorti de la Commission européenne sur ces sujets.
Joignant, là, le geste à la parole, Les services publics sont une des cibles préférées de l’Europe libérale.
Ils sont traités comme des exceptions, des dérogations, presque des anormalités qui ne sont tolérées que pour éviter les explosions sociales et pour ne prendre en charge que ce qui n’est pas rentable.
Ce mouvement doit non seulement cesser mais il faut aussi que l’Europe protège les politiques nationales en faveur des services publics et des services sociaux et que soient développés des services publics européens et des agences européennes de régulation.
Avec tous les socialistes européens, nous demandons une évaluation sociale des libéralisations, pour voir si les citoyens ont vraiment bénéficié de la libéralisation de l’énergie, déjà réalisée, et de la Poste, en cours.
Je pense que les citoyens qui voient fermer leur bureau de poste, et qui doivent payer de plus en plus pour se chauffer et s’éclairer connaissent la réponse.
L’Europe, les démêlés entre la Russie et l’Ukraine le montrent à souhait, doit organiser son indépendance énergétique. Et pour cela, comme pour la sauvegarde de notre planète, il n’y a pas 36 solutions, il faut promouvoir, avec des objectifs ambitieux à la clef, la production d’énergies renouvelables et les économies d’énergie.
Les services publics, Camarades, c’est le patrimoine de ceux qui n’en ont pas.
Quant à la relance…
Mes chers camarades, la Commission européenne a annoncé fièrement une relance européenne de 1,5 % du PIB, soit 200 milliards. Pour le moment on en a vu que 106 milliards, moins de 1% du PIB.
L’administration Obama, elle, met plus de 700 milliards sur la table, soit plus de 6 % du PIB.
L’effort européen n’est pas à la hauteur des enjeux, des besoins. C’est le choix d’une Europe croupion, qui a peur d’elle-même, qui ne veut surtout pas entraver les petits arrangements entre amis.
C’est au contraire le moment, pour l’Europe de s’affirmer. De montrer que son modèle social, que certains Européens rêvent de détricoter, qui doit servir de modèle.
C’est le moment d’oser la relance par des programmes d’investissements publics, financés par la Banque Européenne d’investissements, ou par l’émission d’emprunts européens.
Ce dont l’Europe a besoin, c’est d’une vraie politique industrielle,
qui redonne une colonne vertébrale à l’économie européenne,
qui l’ancre sur notre continent,
qui répond aux demandes et aux besoins des consommateurs-citoyens,
qui allie performance et respect de l’environnement.
C’est le but du plan Marshall en Wallonie, et les résultats positifs sont là. C’est, à l’échelle de l’Europe, une même volonté et une même ambition qu’il faut afficher.
Ce n’est pas moins de 10 millions d’emplois nouveaux qui peuvent être crées en Europe dans les secteurs d’avenir si l’Europe s’en donne les moyens.
Camarades, l’Europe que je veux, c’est une Europe décomplexée, ouverte. C’est une Europe qui s’affirme comme la base d’un monde plus solidaire
C’est une Europe qui efface la honte d’avoir adopté une directive, la directive retour, qui autorise les Etats à maintenir en détention pendant 18 mois les étrangers en séjour irrégulier, y compris les personnes malades et les enfants.
C’est une Europe qui refuse les concepts d’immigration choisie et d’immigration économique, versions modernes du colonialisme qui pille les pays en voie de développement de leurs ressources humaines après avoir dévalisé leurs sols.
C’est une Europe riche de ses diversités culturelles qui permet à tous de s’épanouir dans le respect de chacun.
C’est une Europe qui, portée par des gens qui la pensent, qui la rêvent, comme le faisaient François Mitterrand ou Jacques Delors, emporte l’adhésion de ses citoyens. Ce que ne parviendront jamais à faire les mauvais génies qui se contentent de vouloir une Europe pour l’intérêt particulier de quelques uns.
Mes chers camarades,
Malgré une majorité de droite, les élus socialistes au Parlement européen ont remporté quelques belles victoires. Avec la mobilisation sociale et citoyenne nous avons pu modifier en profondeur la directive Bolkestein, véritable agression anti-syndicale, et bloquer la tentative de révision de la directive sur le temps de travail dans un sens de régression sociale.
Face à une Commission technocratique et totalement acquise à l'idéologie néolibérale, le Parlement Européen est le seul lieu qui dispose d'une légitimité démocratique directe. Et c’est pourquoi il faut en renforcer les prérogatives, par exemple par une application généralisée de la codécision.
L'Europe que nous voulons, c’est une Europe des citoyens et de la justice sociale. Une Europe qui ne favorise plus la destruction du lien social dans les pays membres mais qui, au contraire, renforce les mécanismes de solidarité interpersonnelle et les protège au niveau national.
Mais pour que le Parlement Européen puisse mener cette politique il doit être dominé par une majorité de gauche, par le Parti Socialiste Européen.
Pour réaliser ce changement, pour faire de l'Europe un outil de transformation sociale, le 7 juin, nous voterons socialiste !
Tous ensemble camarades, je le redis nous devons combattre et mettre toute notre énergie pour gagner et que notre modèle de société permette à chaque être humain d’avoir une vie décente.
Bon dimanche de combat !

Ce 6 mars, je serai à la soirée « Planet
Dance » organisée par Liège Notre Métropole au manège de Liège (rue Ransonnet, 2 à 4020 Liège). Il s’agit d’une soirée durable, c'est-à-dire à faible empreinte écologique. On y
trouvera notamment une piste de danse qui produit sa propre énergie par les pas des danseurs.

