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Vendredi 18 août 2006 5 18 /08 /Août /2006 10:34
Lors du récent débat, au Parlement européen, sur le prochain programme cadre en matière de recherche (FP7 pour 7th Framework Programme for Research), la socialiste allemande Mechtild Rothe a déposé un amendement remarquable visant à ce que 2/3 du budget de la recherche énergétique, secteur nucléaire non compris, soient consacrés aux énergies renouvelables (éolien, solaire, biomasse, etc.).

Non seulement cette initiative mérite d’être saluée en tant que telle, mais aussi le brio avec lequel elle a été défendue puisque le groupe socialiste a réussi à rassembler, au-delà de ses troupes, une majorité de parlementaires pour l’adopter en séance plénière. Beau succès donc, mais rapidement assombri par la décision de la Commission de ne pas saisir la perche tendue et de demander au Conseil des ministres de la compétitivité de revenir à sa proposition initiale, bien moins ambitieuse. Le Commissaire Potocnick ne souhaite pas, en effet, dédier de montant spécifique aux énergies renouvelables. Une approche qui soumet celle-ci à une concurrence inégale avec les énergies traditionnelles, bénéficiant de réseaux plus vastes et mieux établis. Jusqu’ici ce système a eu pour conséquence de ne laisser que les miettes aux développeurs de renouvelables.

Rien n’est définitivement joué puisque cet épisode ne constitue que la première étape de la procédure de codécision qui prévoit une seconde lecture et, en cas de désaccord persistant, une tentative de conciliation des points de vue.

Néanmoins, il est regrettable de constater que la Commission tient sur ce plan un double discours. En mars de cette année, elle présentait un projet de stratégie européenne dans le domaine de l’énergie. Elle y défendait l’idée d’un « bouquet énergétique plus durable, efficace et diversifié » au sein duquel les énergies renouvelables devaient avoir toute leur place. Trois mois plus tard, au moment où il s’agit de passer aux décisions concrètes, « Bruxelles » change de pied et défend une option minimale vis-à-vis de ces mêmes énergies renouvelables.
Faut-il considérer que Mechtild Rothe, et le Parlement à sa suite, ont mis la barre trop haut ?

A première vue, ce chiffre de 2/3 du budget recherche paraît élevé. En réalité, si on inclut dans le calcul l’énergie nucléaire – qui relève essentiellement du traité Euratom (et donc échappe au débat parlementaire …) –, on ne parle ici que de 25% du budget global de la recherche énergétique (total au sein duquel le nucléaire continuerait à représenter 60%). Concrètement, il faut savoir que cela représenterait moins d’un quart de milliard d’Euros par an pour les Renouvelables, soit un sérieux bon en avant par rapport aux 3,5 millions actuels… mais un chiffre qui demeure modeste au regard des besoins d’un secteur en plein boum. Pour donner un ordre de grandeur, l’industrie européenne de l’éolien représente aujourd’hui à elle seule 12 milliards d’Euros de chiffre d’affaire annuel. Et ce montant est en croissance continue… On le voit : l’amendement Rothe n’est pas du luxe !

Surtout, il est crucial dans cette affaire que les décideurs politiques fassent preuve de cohérence et de pragmatisme. Parlant d’énergie et d’Europe, on peut identifier trois défis majeurs : la crise énergétique liée à la raréfaction des énergies fossiles, dont nous ne connaissons que les prémices ; la problématique du réchauffement climatique et, comme premier pas de lutte contre celui-ci, le respect des objectifs de Kyoto ; la stratégie de Lisbonne dont l’un des objectifs fondamentaux est de renforcer la compétitivité de l’Union en dégageant, notamment, des nouveaux gisements d’emplois. Nul ne peut continuer à faire semblant de ne pas voir que le développement des énergies renouvelables ne se trouvait pas à l’intersection de ces trois enjeux. 

Sans doute ne constituent-elles pas, à elles seules, la réponse à chacun de ces défis, surtout à court et moyen terme. Sans doute conservent-elles certaines imperfections et leur efficacité pourrait-elle être améliorée. C’est précisément les raisons pour lesquelles il faut aujourd’hui doper l’effort que nous leur consacrons en matière de recherche et les considérer, à part entière, comme un fer de lance d’une Europe à venir : une Europe qui rejettera moins de CO2 dans l’atmosphère ; une Europe plus indépendante sur le plan énergétique ; une Europe technologiquement en pointe dans un secteur appelé à prendre de plus en plus de poids.
Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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Mercredi 16 août 2006 3 16 /08 /Août /2006 11:33


Il aura fallu un mois pour trouver un accord permettant la fin de la guerre au Sud-Liban. C’est beaucoup et peu à la fois. Beaucoup trop au regard du grand nombre de victimes – pour la plupart des civils innocents –, de déplacés et de dégâts. Une fois de plus, la petite démocratie multiculturelle et pluriconfessionnelle du Moyen Orient est sévèrement touchée et n’a d’autre choix que prendre à nouveau son courage à deux mains pour se relever de cette énième blessure qui lui a été infligée au nom d’enjeux qui la dépassent. Décidément, s’il est une terre qui paie un lourd tribut aux mouvements tectoniques de la géopolitique judéo-islamique, le pays du Cèdre est celle-là.


Un mois, c’est relativement peu de temps cependant pour obtenir, sur une matière aussi délicate, un accord unanime du Conseil de Sécurité de l’ONU. Bien sûr, un tel accord est, par nature, fragile et dépend autant du sang froid et de la bonne volonté des belligérants sur le terrain que de la capacité des parrains de la négociation d’aller vite pour mettre en place la force internationale attendue. En attendant, il s’agit incontestablement une belle victoire pour les Nations-Unies, victoire dont elles avaient bien besoin après avoir été méprisées et manipulées par l’unilatéralisme américain à travers tout le processus préparatoire à la guerre d’Irak, depuis les missions d’inspection sur les armes de destruction massive jusqu’au déclenchement des hostilités. De ce point-de-vue, il était plutôt plaisant de voir l’ambassadeur US Bolton, grand contempteur néocons de la logique onusienne, placé là par Bush pour donner « un grand coup de pied dans la fourmilière », adopter profil bas et se comporter en élève sage de la négociation multilatérale... Ainsi donc, cette introuvable communauté internationale, ce fantôme, comme l’a nommée Jean-Claude Guillebaud (voir Le Nouvel Observateur du 27 juillet 2006, p. 74), a plus de consistance que d’aucuns ne lui en accordent. Bonne nouvelle pour tous ceux, dont je fais résolument partie, qui croient à la force du multilatéralisme pour gérer les tensions et rendre notre monde meilleur.

Je tire deux enseignements du processus de résolution de la crise tel qu’il s’est déroulé sur la scène internationale. Le premier est la confirmation du changement de ton américain. Certes, entre le soutien à leur allié traditionnel israélien et la mise à mal de leurs récents efforts pour restaurer l’indépendance du Liban à l’égard de la Syrie , les Etats-Unis étaient pris entre deux feux. Néanmoins, je vois dans leur approche constructive au-delà de tout orgueil – car après tout, ils ont bel et bien changé d’avis sur l’envoi immédiat d’une force d’interposition pour se rallier à la thèse française du cessez-le-feu préalable – une preuve que le bilan du désastre irakien a été tiré par l’administration Bush sinon explicitement par rapport à l’opinion publique américaine, au moins dans les faits de la coopération internationale. Un effet Condee ? We’ll see …


Le second constat que je tire de ces dernières semaines est la nouvelle occasion manquée par l’Europe de jouer, en tant que telle, un rôle décisif sur le plan international. La responsabilité doit en être directement imputée à Jacques Chirac. Le président français avait la main et il a fort brillamment joué la partie diplomatique, mais en fonction de ses seuls intérêts nationaux. Il a très certainement restauré l’influence française dans le monde arabe. Mais il a laissé l’Italien d’Alema organiser sa conférence de Rome, l’Allemand Steinmeier se perdre dans ses balais entre Berlin, Beyrouth et Tel-Aviv, la Britannique Beckett faire le grand écart entre Washington et Bruxelles, etc. Pourtant, il avait ici l’occasion de restaurer magnifiquement un certain leadership français en Europe en se faisant soutenir, de facto, par le Conseil européen, sinon dans les quinze premiers jours du conflit, alors que chacun cherchait à se faire valoir, au moins dans la dernière ligne droite de l’adoption de la résolution 1701. Il aurait ainsi créé une première qui aurait sans doute servi de référence et constitué un marche pied à un renforcement de la politique commune de l’Union dans le domaine des relations internationales.

A plus d’une reprise, et notamment au moment de l’adoption de la monnaie unique, Mitterrand a su faire les compromis nécessaires entre ambitions nationales et communautaires. C’est une dimension à laquelle son successeur n’a décidément pas accès. Après avoir rétréci l’influence hexagonale auprès des institutions européennes, après avoir raté le référendum du 29 mai 2005, après avoir prôné le patriotisme économique contre la compétitivité européenne, Chirac démontre une fois plus qu’il n’a pas l’envergure d’un grand dirigeant européen. On ne saurait lui dénier une réelle habileté politique : il sait flairer les coups comme personne et, par delà, se montre parfois un acteur international dont l’instinct est marqué par un relativisme culturel souvent appréciable, voire, à certains moments, salutaire.  Vis-à-vis du Liban stricto sensu, il est peu contestable qu'il ait fait preuve d'une énergie supérieure à celle de son prédecesseur. Mais, il reste, par défaut peut-être, un nationaliste viscéral qui vient de manquer là une nouvelle occasion – la dernière que l’Histoire puisse encore lui offrir ? – de s’affirmer un Chef d’état de stature européenne. Nicolas Sarkozy ne manifestant guère plus de compréhension de question européenne, voilà une ligne de clivage claire, une de plus, pour les prochaines élections présidentielles en France. Si nos amis français se veulent un destin européen, c’est à Gauche qu’ils doivent le chercher.

 
Pour en revenir au Liban, une remarque encore. La guerre se termine ( en tout cas se suspend) et il faut, comme toujours, gérer l’après. Il est difficile de connaître les motivations des parties en présence dans l’acceptation du cessez-le-feu. Israël a-t-il atteint ses objectifs de destruction des positions du Hezbollah ou craignait-il, au-delà du seuil actuel, de s’embourber dans un conflit tactiquement ingérable et contre-productif quant à sa stabilité politique interne et son image internationale (y compris dans sa relation avec les USA) ? Le Hezbollah est-il à genou ou veut-il préserver sa puissance de feu ? De nombreuses inconnues demeurent qui pèseront sur l’avenir. Mais une réalité qui, d’ores et déjà, ne fait plus de doute, c’est le fait que ce conflit aura encore accru l’écart entre une population arabe qui se sent humiliée et un monde ‘extérieur’ complexe qui craint comme la peste le radicalislamisme. Israël a justifié sa croisade contre le Hezbollah comme la seule possibilité qui lui restait, face à la relative indifférence du reste du monde, de se défendre contre un danger croissant à ses frontières.


Mais cette guerre n’a-t-elle pas surtout jeté un peu davantage encore dans les bras de la Syrie , de l’Iran – ou d’Al Qaeda ? – des millions d’Arabes blessés dans leur fierté ? Voilà, à mon sens, la grande question que se doit d’adresser maintenant la Communauté internationale ; et ce de manière structurelle, bien au-delà de la mise en place d’une simple force de maintien de la paix.

Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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Vendredi 11 août 2006 5 11 /08 /Août /2006 14:16

Sécurité : responsabilité des politiques, responsabilité des citoyens


Du meurtre de Jo à la Gare Centrale de Bruxelles à l’agression mortelle de Stacy et Nathalie dans le quartier Saint-Léonard, à Liège, en passant par la double déflagration d’Anvers (l’assassinat de la petite Luna et de sa nounou Oulematou N’Doye par Hans Van Themsche puis, un mois plus tard, celui d’un employé de la SNCB par cinq jeunes en fureur), la Belgique a connu, ses derniers mois, une série noire de faits particulièrement violents qui, si besoin en était, ont remis la problématique de la sécurité au premier plan des préoccupations politiques. Et je ne relève ici que les crimes les plus spectaculaires…


Le dernier épisode en date, survenu la nuit de mercredi à jeudi à Maasmechelen (Limbourg), ajoute une dimension troublante à la réflexion civique sur la question. Cette fois, c’est le malfaiteur qui est mort. Mais son décès est intervenu dans des conditions peu claires ; parmi celles-ci, l’intervention de riverains qui auraient surpris le cambrioleur sur le fait et dont il n’est pas exclu qu’un sentiment de vengeance, nourri par le grand nombre de larcins commis dans le quartier, ait guidé l’attitude répressive. L’enquête, selon la formule usuelle, établira les responsabilités. Il n’en demeure pas moins que, par une coïncidence étonnante, ce drame est advenu quasi simultanément avec le dépôt, par trois sénateurs flamands de droite et d’extrême droite - Stefan Declercq (CD&V), Jean-Marie Dedecker (VLD) et Frank Vanhecke (Vlaams Belang) –, d’une proposition de loi visant à étendre la légitime défense à la protection des biens.


Si mon expérience d’avocat m’a appris, en matière judiciaire, à me méfier des a priori passionnels et des raccourcis dangereux, je fais partie de ceux parmi les socialistes qui considèrent qu’on ne peut transiger avec les questions de sécurité. On ne peut pas prétendre défendre la justice et l’égalité sans veiller à assurer les meilleures conditions de sécurité possibles à la population, et particulièrement à ses composantes les moins favorisées (dont il est avéré qu’elles souffrent proportionnellement davantage de l’insécurité). On ne peut pas vouloir la sécurité sociale et négliger la sécurité physique des personnes.


Mais défendre une option forte en matière de sécurité publique ne signifie pas approuver par principe l’escalade irresponsable et contre-productive que prônent certains acteurs politiques. Il faut se demander en effet dans quelle mesure les sénateurs Declercq et consorts ne jouent pas aux pompiers pyromanes en présentant un texte dont l’effet, s’il était adopté, serait inévitablement d’accroître le sentiment d’insécurité. En incitant les personnes à se défendre elles-mêmes et à défendre leurs biens, non seulement on leur confirme qu’elles sont menacées en permanence – alors que la réalité est, heureusement, moins simple – mais encore on ouvre la porte à une multiplication des arbitraires. A partir de quand est-on réellement menacé ? Dans quelle mesure ne s’expose-t-on pas plus qu’on ne se protège, soi ou ses biens ? Avec quelle proportion de moyens faut-il envisager une réaction ? Qu’est-ce qui sépare la légitime défense de l’agression réactive, voire de la vengeance? Etc. Toutes ces questions montrent à quel point il est important que des lignes de partages entre la justice et l’injustice soient élaborées et gérées collectivement et non pas laissées au libre arbitre individuel. Oui à la protection collective des personnes et des biens, non à l’autodéfense.


Cette propension de certains politiques à surenchérir sur des problèmes sociaux au risque de les exacerber encore davantage – et de les rendre encore un peu plus insolubles – me fait songer aux travaux de l’école de psychosociologie de Palo Alto. Il y a une bonne cinquantaine d’années que celle-ci, dont les figures de proues sont Grégory Bateson et Paul Watzlawick, a commencé à mettre en évidence qu’une des caractéristiques fondamentales de la névrose réside dans la propension de ceux qui en sont atteints à s’enfoncer dans leurs problèmes. N’en saisissant pas clairement la cause, ils ont tendance à tenter de résoudre les difficultés qui se posent à eux en faisant appel à ce que Watzlawick nomme « toujours plus de la même chose ». Et, du coup, ils augmentent toujours un peu plus le problème qu’ils sont censés vouloir résoudre. C’est clairement à ce type de cercle vicieux que conduit l’attitude de ceux qui prétendent vouloir contrecarrer l’insécurité et proposent des solutions qui, en réalité, ne font que la renforcer. J’avais déjà évoqué cette thématique dans mon discours du 1er mai dernier, à un moment où, quelques jours après le meurtre de Jo Van Holsbeeck, fleurissaient les propositions ultra-sécuritaires libérales telles que la mise en place d’une école des caïds. J’avais pris, à l’époque, l’exemple de ces conducteurs qui, inquiet de l’insécurité routière et peu confiant dans leur propre conduite, choisissaient de se doter d’un 4X4 pour mieux se protéger. Or, ce type de véhicules se révélant plus agressif du fait de sa puissance, de son gabarit et de la hauteur de sa calandre, il contribuait à son tour à élever le niveau global d’insécurité routière. Bref, « toujours plus de la même chose »….


On peut d’ailleurs penser que, d’une manière plus générale, les théories de l’école de Palo Alto pourraient nous être d’un grand secours pour comprendre la dynamique du Vlaams Block/Belang et, à sa suite, d’une partie de la classe politique face à des problèmes tels que l’insécurité ou l’immigration.


Si les politiques ont une responsabilité évidente dans la lutte contre l’insécurité, je considère que celle-ci ne peut se confondre avec une surenchère irréfléchie, peu importe qu’elle soit sincère ou dictée par des motivations communicationnelles, qui, sous couvert de vouloir résoudre les problèmes, ne fait que les aggraver. Il est crucial, en ce sens, que les citoyens soient eux aussi responsables, c’est-à-dire qu’ils exercent leur esprit critique. Il est notamment important qu’ils ne perdent pas de vue que, comme le soulignait le criminologue Jean-François Nandrin dans la Libre-Belgique de samedi dernier, qu’il n’est pas possible de construire une société où chacun serait en permanence en totale sécurité.

Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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Jeudi 10 août 2006 4 10 /08 /Août /2006 09:51
Ce matin, à partir de 8h10, la cloche du bois du Cazier a retenti deux cents soixante deux fois pour commémorer, une à une, chacune des victimes de la catastrophe minière qui s’était produite sur les lieux 50 ans plus tôt. Cette cloche a été offerte conjointement par les Régions italiennes d’où provenaient plus de la moitié des hommes qui ont trouvé la mort ce jour là au fond de la mine.

262 mineurs d’une quinzaine de nationalités – on a oublié a quel point la mine avait été la préfiguration de la grande Europe – se sont trouvé pris au piège de la terre et des flammes après une série d’erreurs techniques manifestement imputables aux responsables de l’entreprise. Aucun de ceux-ci cependant ne sera condamné ; à l’exception, en appel, d’un ingénieur. Pourtant, après ce drame,  plus jamais rien ne sera pareil, dans le travail de la houille ni, plus généralement, dans celui des lourds métiers manuels. On dit souvent qu’il faut une catastrophe pour que les choses progressent.  C’est malheureusement vrai. Celle-ci eut un retentissement international. Mais elle contribua à une prise de conscience inédite quant à la pénibilité et à la dangerosité du labeur de ces hommes, parfois à peine sorti de l’adolescence, qui descendaient extraire le minerai à plusieurs centaines de mètres de profondeurs dans des boyaux souvent tout juste assez large pour y ramper.

Je viens d’un coin où, dans nos familles et parmi nos amis, nous connaissions tous certains de ces hommes. Je me souviens de leurs visages marqués et de la silhouette fragile de ceux, nombreux, qui avaient contracté la silicose, la terrible « maladie du mineur ». Je sais ce que je leur dois. Je sais le poids qu’ils ont eu dans le façonnement de mes choix politiques. Je n’oublierai pas ce qu’ils ont donné alors pour la prospérité de notre région ; ce qu’ils ont apporté, à force de sacrifices, au combat social ; ce qu’ils ont inventé comme outils et comme solutions pratiques (on n’imagine pas le nombre d’inventions techniques qui sont nées au fond des puits …).

Pendant trop longtemps, ces apports ont été occultés par les débats liés à la fermeture des mines. La plupart des sites ont été délaissés et livrés progressivement à l’abandon. C’était une erreur.  Nous devons cultiver notre mémoire ouvrière et mieux comprendre ce passé pas si lointain qui semble enseveli sous bien des mutations industrielles et économiques. Je crois à la valeur de l’exemple et je suis convaincu que les générations actuelles peuvent trouver force et inspiration pour les défis d’aujourd’hui face aux témoignages du courage et d’inventivité dont nos grands parents ont su faire preuve à la mine. Il est heureux, à cette fin, que des lieux de mémoires comme le Bois du Cazier ou, dans la région liégeoise, Blégny aient été conservés et restauré. Ces initiatives, qui méritent d’être complétées par un travail historique systématique, nous font comprendre l’importance de la mémoire dans la préparation de notre avenir et le développement de la Wallonie. Grâce à elles, puissions-nous ne jamais oublier.
Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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Vendredi 4 août 2006 5 04 /08 /Août /2006 16:01

On peut reprocher beaucoup de choses à Didier Reynders, mais certainement pas son manque de sens de la communication.  Ni d’ailleurs une certaine constance dans la mauvaise foi (qui me dit que ça irait de paire ?). 

En lisant hier dans Le Soir la énième sortie du Président du MR contre le plan Marshall, me revenait en tête une phrase souvent entendue dans ma jeunesse : mintez, mintez, I èn’ dmorè toudi ene sacwè.  En fonction de cet adage populaire, dire le contraire de la vérité laisserait toujours des traces.  Si l’on se place sur le plan de l’efficacité électorale et non sur celui de l’éthique, le procédé ne serait donc pas idiot.  En tout cas, c’est une option qu’a manifestement retenue mon voisin du pays de Liège.


Reprenons : il y a un an, à l’annonce du plan Marshall, Didier Reynders en rejetait le principe a priori en considérant que « un plan Marshall, c’est tendre la main à quelqu’un d’autre ».  Quand il s’est rendu compte que le projet du gouvernement wallon ne consistait pas à demander des subsides à d’autres entités mais bien à compter sur nos propres forces et à parier sur la créativité de nos chercheurs et de nos entreprises, le chef des libéraux a déplacé le centre de gravité de ses attaques – sans, bien entendu, faire amende honorable.  Son angle de tir porte depuis lors sur la prétendue absence d’effets concrets du plan Marshall.  Du point-de-vue de ce qu’il convient sans doute d’appeler « marketing politique », la posture du ministre des finances et de ses conseillers en communication est incontestablement adroite (ceci dit sans jeu de mot …). Le plan Marshall consiste pour l’essentiel à faire phosphorer nos entreprises et nos universités pour préparer l’avenir en évitant que notre économie ne dépende trop de solutions peu concurrentielles ou en voie d’être dépassées.  Ses effets se font par conséquent sentir en cascade, et il est évident que, si, un an à peine après le démarrage de l’opération, ils touchent déjà  une série d’opérateurs de terrain, ils ne seront par contre ressentis que progressivement par des cercles de plus en plus larges de la population.  Prétendre que le plan reste sans effet fait donc appel, par un procédé en trompe l’œil, à l’expérience immédiate des gens. C’est un peu comme si, pour être taquin, je disais que le passage à l’Euro n’a pas eu d’effet sur le pouvoir d’achat …


L’autre astuce communicationnelle derrière le slogan libéral selon lequel le plan n’aurait pas encore d’effets, c’est celle qui consiste à suggérer qu’il prend du retard et tenter ainsi de masquer le fait, que bien au contraire, les délais de réalisation budgétaire, légistique et opérationnelle du plan Marshall ont été remarquablement rapides (une année, je le répète, entre l’annonce du plan et la première sélection de projets à l’intérieur des pôles de compétitivité).


Lorsque le chef de file libéral réaffirme qu’il n’a « pas rencontré Mr Marshall », je note d’ailleurs qu’il le fait à un moment précis, soit trois semaines après l’annonce de la première sélection de projets dans les différents pôles.  Peu de temps avant celle-ci, on avait entendu le MR ré-entonner son antienne sur l’absence de résultats de Marshall.  A l’annonce de la sélection, silence radio libéral !  Il faut dire que tous les observateurs – scientifiques, entreprises, gouvernement flamands, personnalités étrangères… –  exprimaient alors des appréciations flatteuses sur la qualité de la sélection, dont l’indépendance et la transparence ont été saluées, ainsi que sur ses résultats.  Dans le même temps, plusieurs de mes collaborateurs étaient invités à présenter notre expérience, au titre de bonne pratique, par des gouvernements étrangers qui envisagent à leur tour de développer la méthodologie adoptée en Wallonie.  Voilà qui contredisaient les oiseaux bleus de mauvais augure et les contraignaient au silence.  Pour combien de temps ?  On connaît la réponse : une fois tout le monde en vacance, le petit refrain insidieux est à nouveau persiflé … Et gageons qu’on le réentendra encore souvent car, pour en revenir à l’analyse communicationnelle, la technique utilisée joue assez cyniquement sur ce que les stratèges médias appellent la capacité d’oubli des lecteurs/auditeurs/téléspectateurs : une fois qu’un sujet quitte la Une , il devient d’autant plus facile de le manipuler que l’opinion en a une connaissance de plus en plus imprécise.


Pour ce qui me concerne, j’ai tendance à considérer que Mr Reynders nous donne là une illustration de ce fameux ‘mal politique wallon’ qu’il aime tant dénoncer. Car si ce mal (qui n’est d’ailleurs en rien spécifique à la Wallonie ) procède bien pour partie de pratiques inacceptables sur le plan de la bonne gouvernance qui, d’où qu’elles viennent, doivent être combattues fermement, il réside tout aussi sûrement dans l’attitude politicienne, toutes tendances confondues, qui consiste à critiquer pour critiquer, à parier sur l’échec, à entretenir le pessimisme.  Je ne suis pas naïf et je connais suffisamment les codes de la politique pour comprendre qu’un président de parti ait besoin de se positionner dans la perspective d’échéances importantes.  Je n’arrive toutefois pas à me faire à l’idée que certains semblent pour autant prêts à sacrifier à leurs ambitions électorales les efforts concrets consentis pour l’avenir de tous non pas seulement par une coalition gouvernementale mais par tout un tissu économique, intellectuel et citoyen.  Je suis surtout convaincu qu’une telle approche est contreproductive à terme pour l’avenir de notre Région.


Je souligne aussi que le risque de recourir à de tels procédés n’est pas nul en soi car, toutes autres choses demeurant égales par ailleurs, il sera toujours plus facile de disqualifier de la sorte les actions structurelles qui, comme le plan Marshall, partent des lieux de créativité et des outils de production pour irradier toute la société wallonne que les mesures ponctuelles à effet facial et immédiat.  Le danger est grand, dés lors, de créer un climat qui encouragerait le monde politique à se détourner des grands chantiers fondamentaux, pourtant indispensables, au profit de mesures capillaires et limitées qui viseraient à impressionner directement et individuellement le plus grand nombre mais qui n’auraient que peu, voire aucun, impact positif sur l’intérêt général.

Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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