Non seulement cette initiative mérite d’être saluée en tant que telle, mais aussi le brio avec lequel elle a été défendue puisque le groupe socialiste a réussi à rassembler, au-delà de ses troupes, une majorité de parlementaires pour l’adopter en séance plénière. Beau succès donc, mais rapidement assombri par la décision de la Commission de ne pas saisir la perche tendue et de demander au Conseil des ministres de la compétitivité de revenir à sa proposition initiale, bien moins ambitieuse. Le Commissaire Potocnick ne souhaite pas, en effet, dédier de montant spécifique aux énergies renouvelables. Une approche qui soumet celle-ci à une concurrence inégale avec les énergies traditionnelles, bénéficiant de réseaux plus vastes et mieux établis. Jusqu’ici ce système a eu pour conséquence de ne laisser que les miettes aux développeurs de renouvelables.
Néanmoins, il est regrettable de constater que la Commission tient sur ce plan un double discours. En mars de cette année, elle présentait un projet de stratégie européenne dans le domaine de l’énergie. Elle y défendait l’idée d’un « bouquet énergétique plus durable, efficace et diversifié » au sein duquel les énergies renouvelables devaient avoir toute leur place. Trois mois plus tard, au moment où il s’agit de passer aux décisions concrètes, « Bruxelles » change de pied et défend une option minimale vis-à-vis de ces mêmes énergies renouvelables.
A première vue, ce chiffre de 2/3 du budget recherche paraît élevé. En réalité, si on inclut dans le calcul l’énergie nucléaire – qui relève essentiellement du traité Euratom (et donc échappe au débat parlementaire …) –, on ne parle ici que de 25% du budget global de la recherche énergétique (total au sein duquel le nucléaire continuerait à représenter 60%). Concrètement, il faut savoir que cela représenterait moins d’un quart de milliard d’Euros par an pour les Renouvelables, soit un sérieux bon en avant par rapport aux 3,5 millions actuels… mais un chiffre qui demeure modeste au regard des besoins d’un secteur en plein boum. Pour donner un ordre de grandeur, l’industrie européenne de l’éolien représente aujourd’hui à elle seule 12 milliards d’Euros de chiffre d’affaire annuel. Et ce montant est en croissance continue… On le voit : l’amendement Rothe n’est pas du luxe !
Surtout, il est crucial dans cette affaire que les décideurs politiques fassent preuve de cohérence et de pragmatisme. Parlant d’énergie et d’Europe, on peut identifier trois défis majeurs : la crise énergétique liée à la raréfaction des énergies fossiles, dont nous ne connaissons que les prémices ; la problématique du réchauffement climatique et, comme premier pas de lutte contre celui-ci, le respect des objectifs de Kyoto ; la stratégie de Lisbonne dont l’un des objectifs fondamentaux est de renforcer la compétitivité de l’Union en dégageant, notamment, des nouveaux gisements d’emplois. Nul ne peut continuer à faire semblant de ne pas voir que le développement des énergies renouvelables ne se trouvait pas à l’intersection de ces trois enjeux.
Sans doute ne constituent-elles pas, à elles seules, la réponse à chacun de ces défis, surtout à court et moyen terme. Sans doute conservent-elles certaines imperfections et leur efficacité pourrait-elle être améliorée. C’est précisément les raisons pour lesquelles il faut aujourd’hui doper l’effort que nous leur consacrons en matière de recherche et les considérer, à part entière, comme un fer de lance d’une Europe à venir : une Europe qui rejettera moins de CO2 dans l’atmosphère ; une Europe plus indépendante sur le plan énergétique ; une Europe technologiquement en pointe dans un secteur appelé à prendre de plus en plus de poids.
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