Vendredi 1 décembre 2006
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Alors que Hugo Chavez a de grandes chances d’être réélu dimanche à la présidence du Venezuela, c’est un autre pays d’Amérique latine qui vient de porter à sa tête un candidat de gauche : Rafael Correa est en effet devenu président de l’Equateur. Après le Nicaragua de Daniel Ortega, la Bolivie d’Evo Morales et le Chili de Michelle Bachelet, l’Equateur viendra ainsi rejoindre ce véritable printemps de la gauche latino-américaine, qui fut encore confirmé par la réélection attendue – mais éclatante – de Lula au Brésil. Si l’on y ajoute l’Argentine de Nestor Kirchner et le Venezuela de Hugo Chavez, c’est en effet l’essentiel du continent qui est aujourd’hui aux mains de la gauche. Sans compter que, là où elle n’a pas gagné (Pérou ou Mexique), elle s’est renforcée.
Il y a bien sûr plus que des nuances entre des socialistes ou travaillistes à l’Européenne (Lula, Bachelet) et des nationalistes de gauche, aux accents exaltés fleurant parfois un peu le populisme indigéniste (Chavez ou Morales). Ils ne s’entendront sûrement pas sur tout et on ne souhaiterait d’ailleurs pas forcément les soutenir dans toutes leurs idées. Mais ils ont en commun, à des titres divers, trois projets politiques qui, s’ils se réalisent, donneront un solide ballon d’oxygène à ce continent émergent : une option privilégiée pour la justice sociale, le souci d’intégrer davantage l’Amérique latine et la volonté de réguler un capitalisme qui s’est montré trop souvent là-bas, sous son jour le plus sauvage.
Ils ont aussi le souci de rééquilibrer leurs relations avec le puissant voisin nord-américain, qui a toujours considéré cette partie du monde comme « son jardin privé » et qui y a rarement, dans l’histoire, toléré de trop fortes volontés d’indépendance. Même aujourd’hui, alors qu’elle est empêtrée dans cette tragique aventure qu’est la guerre en Irak, l’administration Bush ne s’est pas privée d’intervenir de près dans toutes les élections en question. Mais il semble que le « jardin » des Etats-Unis ne soit plus aussi docile : peut-être précisément ne se laisse-t-il plus aussi facilement faire parce que le grand voisin du nord s’est déconsidéré de par ses entreprises belliqueuses.
Sans illusion aucune et en sachant que le continent latino-américain a encore bien des jours amers devant lui, je pense que l’Europe, et la gauche européenne en particulier, ne peuvent que se réjouir de voir toute une partie du monde tendre (lentement) vers plus de justice quand, bien souvent, partout ailleurs, c’est la violence et la haine qui emportent tout. L’Europe devrait se réjouir aussi de voir un autre continent qui, à sa manière, essaye de se donner un peu d’unité par-delà les particularismes nationaux, ethniques ou culturels. Grâce à ce mouvement, il y a, en tout cas, un peu plus d’équilibre dans cette partie du monde, où l’Etat le plus puissant de la planète a cessé de pouvoir dicter sa politique d’un simple claquement de doigt. En définitive, c’est une bonne nouvelle aussi pour les citoyens des Etats-Unis qui ont tout à gagner à s’éloigner de l’arrogance délétère où les a parfois conduits un gouvernement manifestement trop peu sensible au bruit du monde.
Si l’Amérique du Sud peut aider l’Amérique du Nord à réapprendre un tant soit peu ses propres limites, certainement le monde entier y sera-t-il gagnant.
Par Jean-Claude Marcourt
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Publié dans : jc.marcourt
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