Puis-je vous faire un aveu ? Je ne regarde jamais – ce qui ne veut pas dire que je ne les vois pas – les publicités dans la presse que je parcours chaque matin.
C’est donc à la RTBF, qui ouvre aujourd’hui ses journaux parlés en commentant des annonces publicitaires, que je dois d’avoir pris connaissance de la lettre que m’ont adressée, comme à quelques centaines de milliers d’autres Wallonnes et Wallons, Serge Kubla et Didier Reynders.
Parce que c’est bien d’une annonce publicitaire qu’il s’agit ! Conception pour le moins bizarre, dans une démocratie parlementaire, d’alimenter le débat de fond.
Cette annonce demande une réponse, parce que la part de réclame y cède trop à la désinformation.
La croissance
La Banque nationale nous annonce un taux de croissance de 3% pour 2006, soit un taux supérieur à la moyenne de la zone euro estimée entre 2, 5 et 2, 9%. Un taux qui n’a cependant rien à voir avec la croissance des pays émergents (plus de 10% pour la Chine, 8% pour l’Inde…), ni avec la croissance américaine de 3,4% en 2006 et de plus de 4% si on l’envisage sur une période plus longue.
Les prévisions fixent, pour 2006, la croissance régionale à 0, 2% en dessous de la croissance nationale. Sur la période 2000-2003, la différence a été de 0,4%. Cela montre de manière non contestable que la Wallonie se rapproche de la moyenne nationale en termes de croissance. Je souhaiterais évidemment que cela aille plus vite, mais je sais que cela implique un travail de fond et ne peut se limiter à des imprécations.
Le développement économique se construit sur le terrain et pas à coups d’annonces médiatiques. C’est la voie que je me suis tracée depuis juillet 2004.
Notre développement économique et donc l’amélioration du bien-être de nos citoyens sont intimement liés au développement de l’Europe et notamment de nos principaux partenaires. Dans ce domaine, la page est blanche. Nos ministres européens des Finances aiment se réjouir de la force de l’euro mais sans toujours se souvenir que la monnaie est un outil au service du développement économique et non une fin en soi.
Que fait aujourd’hui la Commission européenne en matière de politique économique ? Rien ou presque. Il faut absolument penser et installer une véritable politique industrielle européenne, ce qui impose un nouvel équilibre entre l’économie et les finances d’une part – symbolisées par les sommets Ecofin – et la politique industrielle. Obnubilés par les rapports euro/dollar, les ministres de l’Ecofin, dont notre ministre des Finances, sapent la compétitivité de l’industrie européenne, au point de mettre à mal son existence même.
Le développement social et économique de l’Europe ne se réalisera pas sans une coordination des politiques nationales et régionales. Si la volonté européenne est de devenir une des économies les plus performantes de la planète, il est indispensable de coordonner les politiques pour maximaliser les effets multiplicateurs des politiques publiques. Comme il est indispensable que les Européens coordonnent enfin leurs politiques fiscales et sociales – ce dont ne veut pas la droite qui préfère le dogme du libéralisme et des « lois » du marché – pour développer un véritable modèle européen, respectueux de toutes et tous.
L’emploi
Rappelons deux constats de base : qui dit croissance, ne dit pas forcément emploi, en tout cas pas dans la même proportion ni dans le même timing, qui dit hausse du chômage ne veut pas forcément dire baisse de l’emploi (avec un taux de chômage inacceptable, nous n’avons jamais connu autant de Wallonnes et de Wallons au travail qu’aujourd’hui).
Depuis 1997, le rythme de croissance de l’emploi privé est comparable en Flandre et en Wallonie. En une dizaine d’années, la Wallonie a connu une augmentation de près de 70.000 emplois.
Depuis 2005, inversant résolument la courbe constatée les 5 années précédentes, le taux de chômage a baissé. Ainsi, entre novembre 2005 et novembre 2006, le nombre de demandeurs d’emploi a diminué de 2.7% en Wallonie.
Au passage, je me demande pourquoi nos éminences libérales font état du nombre de demandeurs d’emploi arrêté au mois d’août dernier : retard à l’allumage ou désir immodéré de noircir le tableau ?
Wallonie-Bruxelles
La rationalisation, les économies d’échelle, l’efficacité, qui n’est pas pour ? Pas moi en tout cas. Mais aucun miroir aux alouettes n’a jamais produit rationalisation, économies d’échelle, efficacité et j’ajouterai transparence.
Ainsi la proposition de composer le Gouvernement de la Communauté française de tous les ministres du Gouvernement wallon et des ministres francophones du Gouvernement bruxellois est, au mieux, une fausse bonne idée sinon une escroquerie intellectuelle.
Sans entrer dans le détail et disant d’emblée qu’il faut effectivement renforcer les synergies entre la Wallonie et Bruxelles (si cela va dans les deux sens, évidemment), cette proposition va paralyser un système politique qui n’est déjà pas simple, plutôt que le rendre plus performant.
Deux exemples très simples.
Le premier. Je suis ministre de l’Economie, de l’Emploi et du Commerce extérieur. Avec mes homologues bruxellois qui se partagent ces compétences, que va-t-on décider ? De n’appliquer des politiques communes aux Wallons et Bruxellois que si et seulement si les Bruxellois flamands sont d’accord, donc de soumettre la décision politique de la Wallonie aux Bruxellois flamands ? Ou de remettre en cause la Région de Bruxelles-Capitale ?
Le second. A qui vont échoir les compétences purement communautaires (enseignement, culture, audiovisuel…) ? A un couple wallono-bruxellois ? Sinon, comment procédera-t-on à la répartition et avec quel cumul de compétences ? Le ou la ministre bruxellois(e) –pour autant qu’il ou elle soit francophone - de l’Environnement gérera-t-il (elle) l’audiovisuel et son homologue wallon(ne) l’enseignement ?
Il faut bien sûr veiller ne pas multiplier le nombre de ministres ni celui de leurs collaborateurs mais encore faut-il que cela se fasse dans un souci de bonne gouvernance et d’efficacité et non par pur opportunisme politique. A moins que le MR ne veuille nous resservir la vieille antienne de la fusion Communauté-Région mais qu’à la veille d’une négociation institutionnelle majeure qui requiert la cohésion des Francophones, il avance masqué.
Une autre politique économique
Dans l’écho radiophonique qui a prolongé ce texte, Didier Reynders s’en est pris au plan Marshall, tout en reconnaissant de manière alambiquée sa nécessité. Cette sortie en solo est évidemment plus simple à faire qu’en co-signature avec Serge Kubla.
Mon prédécesseur a fait, pendant 5 ans, beaucoup de marketing. Moi, j’ai pris le parti de l’action, de la réalisation. La Wallonie avait en effet besoin d’une nouvelle politique économique et d’un vrai plan de relance économique : l’adoption et la mise en route du plan Marshall sont la concrétisation de cette volonté et je dirai de cette nécessité.
Trois ingrédients sont nécessaires pour réussir ce redressement : des femmes et des hommes dynamiques, de la créativité et de l’innovation, des moyens et des incitants financiers pour concrétiser les projets. Nous avons construit le plan Marshall sur base de ces trois ingrédients.
Les pôles de compétitivité en sont le plus bel exemple : pas de sous-régionalisme, pas de regard dans le rétroviseur mais la volonté décomplexée de l’ensemble des acteurs économiques, scientifiques, administratifs et politiques d’installer en bonne place la Wallonie dans un monde globalisé.
C’est l’innovation et la créativité au service du développement économique pour améliorer le bien-être et la qualité de vie de chacune et chacun.
Le plan Marshall, c’est aussi pour les pouvoirs publics, le respect absolu de leurs engagements. C’est pourquoi je me suis battu, avec succès, pour obtenir les moyens nécessaires à régulariser plus de 1.500 dossiers d’aides à l’expansion économique qui étaient en souffrance à mon entrée en fonction.
J’ajoute que si les aides régionales à l’investissement sont désormais exonérées d’impôts, c’est à mon initiative, avec le relais efficace de Laurette Onkelinx.
Quelle que soit la fonction qu’on occupe, où qu’on l’occupe, je pense profondément que la Wallonie a besoin de la contribution positive de tous plutôt que noircir le tableau, plutôt qu’agiter des hochets politiciens, plutôt que recourir au clientélisme épistolaire.
J’attends encore du ministre fédéral des Finances un soutien concret renforçant la dynamique du plan Marshall. Sur les zones franches par exemple.