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Mercredi 17 janvier 2007 3 17 /01 /Jan /2007 16:13
Congorama sort aujourd’hui dans les salles obscures.
 
Congorama, c’est l’histoire de Michel, inventeur illuminé et incompris, fils d’un écrivain paralysé, époux d’une réfugiée congolaise et père d’un futur champion de tennis. A quarante ans passés, il apprend qu’il a été adopté après une naissance dans un petit village québécois. A la recherche de ses racines, il décide d’aller au Québec où il fera une rencontre …étourdissante.

Michel, c’est l’éblouissant Olivier Gourmet, l’acteur le plus extraordinaire qui soit dans les rôles d’hommes (a priori) ordinaires ! Ici encore sa présence et son talent sont tels qu’il porte le film à bout de bras. Autre bonne raison de voir Congorama : la qualité de ses images de la Belle province mais aussi de la Wallonie et de la région liégeoise notamment. Le film, réalisé par le Québécois Philippe Falardeau, est d’ailleurs le résultat d’une coproduction entre la Wallonie et Québec et son producteur exécutif est le liégeois Joseph Rouschop.
 
Voici quelques semaines, j’ai eu l’occasion, lors d’une avant-première au Parc, à Liège, de voir le film pour la deuxième. J’avais déjà eu le plaisir de le visionner au festival de Cannes où il avait obtenu un beau succès. J’étais sur place en tant que ministre de tutelle de Wallimage pour lancer Wallonie-Tournages, réseau de trois bureaux d’accueil des tournages, dont celui de Liège, judicieusement baptisé CLAP.
 
Le rôle d’un bureau d’accueil est d’attirer des tournages et d’en faciliter la réalisation. La Wallonie bénéficie à cet égard d’atouts importants comme la diversité de ses sites et la présence sur place de nombreux techniciens de haut vol. A Liège notamment, on trouve une école d’art dramatique (le conservatoire) ainsi que toute une série de sociétés spécialisées dans les métiers du cinéma. Je ne rate d’ailleurs pas une occasion de suggérer que tout ce réservoir de compétences et de savoir-faire puisse être intelligemment regroupé sur le site de Médiacité au Longdoz où pourrait être ainsi développé un cluster cinéma. Et s’il faut fournir des références pour attester de l’expérience accumulée, elles ne manquent pas : tournages des frères Dardenne (qui, faut-il le rappeler, ont emporté deux fois la Palme d’Or à Cannes, « Un honnête commerçant » de Philippe Blasband avec Philippe Noiret, « Le Couperet » de Costa Gavras avec José Garcia, « La raison du plus faible », le dernier film en date de Lucas Belvaux avec notamment Jeremy Régnier et Claude Semal …Et tant d’autres !
 Ces jours derniers, Yolande Moreau, Jean-Pierre Cassel – excellent lui aussi dans Congorama où il incarne le père d’Olivier Gourmet - et Jean-Claude Brialy entre autres – sans oublier « notre » Pol Deranne – tournaient à Liège et dans les environs (au Château de Colonster) « Les sapins bleus » , premier long métrage de Benjamin Leroux, coproduit par Les Films du Fleuve.
 
 
Cette intense activité de nos créateurs mais aussi de plus en plus de professionnels étrangers est facilitée par le travail de Wallimage qui est devenu un interlocuteur important sur la scène cinématographique francophone, bien au-delà de nos frontières. C’est un atout important pour le développement de la Wallonie – car, permettons-nous ce petit cocorico, ce qu’on appelle cinéma belge, c’est neuf fois sur dix du cinéma wallon …-, développement wallon dont on ne répétera jamais assez qu’il est d’abord et avant tout une question de créativité.

Photo : Louise Archambault - Source : cfwb.be
Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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Mardi 9 janvier 2007 2 09 /01 /Jan /2007 16:28
Demain, mercredi 10 janvier, la Commission européenne doit adopter une importante Communication sur la politique énergétique européenne. Une initiative forte de la Commission est attendue sur ce terrain depuis plusieurs mois. La crise énergétique et les défis engendrés par le changement climatique plaident en effet pour une politique commune des Etats membres qui leur permettrait à la fois de mieux garantir ensemble – donc sans contre-effets concurrentiels – leur sécurité d’approvisionnement et de produire toujours plus et mieux d’énergie propre. Il y a quelques semaines, Jacques Delors plaidait d’ailleurs dans le Nouvel Observateur pour une relance de l’Europe à travers la mise en place d’une politique commune de l’énergie et du développement durable.

 Cette approche ne manque pas de bon sens. A l’origine de l’Union, ne trouve-t-on pas la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier (CECA) ? Et d’autres grandes politiques sectorielles n’ont-elles pas joué un rôle structurant à différents moments de la construction européenne ? Ainsi, la Politique Agricole Commune (PAC), conçue alors que les six Etats primo-signataires du Traité de Rome n’assuraient pas leur autosuffisance alimentaire et dépendaient d’un marché mondial capricieux ; ou la politique monétaire, qui déboucha sur le puissant facteur d’intégration que constitue la monnaie unique.
 
Rien mieux que l’énergie ne pourrait prendre le relais de l’Euro comme moteur de cette Europe des solidarités concrètes, la seule à avoir vraiment fait ses preuves à ce jour. D’une part, elle pose une question fondamentale pour l’avenir environnemental et économique de nos sociétés. D’autre part, gérée en commun, elle offrirait des avantages tangibles aux Etats membres dans un marché globalisé. Encore faut-il que ceux-ci le comprennent et ne privilégient pas des intérêts à court terme liés à des politiques nationales ou sous régionales. Encore faut-il aussi que la Commission assume sans faiblir le leadership politique de ce projet ; un rôle dans lequel l’équipe actuelle ne s’est pas particulièrement illustrée jusqu’ici.
 
De ce point de vue, la version actuelle de la proposition de Communication laisse une impression mitigée. Elle regorge de bonnes intentions : diminution supplémentaire, au-delà des objectifs de Kyoto, des émissions de dioxydes de carbone ; accroissement de la part des énergies renouvelables ; réduction de la capacité d’influence des très grandes entreprises énergétiques. Elle fixe des objectifs séduisants en matière de lutte contre le changement climatique, de développement économique et de diminution des importations d’énergies. Elle formule également, ici et là, des propositions concrètes qui ne manquent pas d’attrait ; ainsi, une gestion des réseaux de gaz et d’électricité plus indépendante de leurs opérateurs historiques ou la création d’un régulateur européen du marché de l’énergie, un organe qui serait, s’il voit le jour, le gage d’une véritable politique commune en la matière.
 
Mais le document ne convainc pas totalement. Derrière les grandes intentions, on perçoit peu de leviers concrets. On nous laisse miroiter la destination à atteindre mais on s’abstient de toute indication sur l’itinéraire à emprunter.  Pas de développement précis sur les formes que pourraient prendre une politique commune ; pas d’objectifs contraignants pour la part d’énergie non polluante ; des ambitions pour les énergies renouvelables revues à la baisse par rapport à d’autres textes communautaires, etc. Bref, derrière un texte présenté comme une ‘nouvelle révolution industrielle’, on sent poindre l’influence des lobbies nationaux et on peut craindre que les Commissaires n’aient pas su se débarrasser du syndrome NIMCY (pour Not In My Country – pas dans mon pays) qui les paralysent trop souvent.
 
Pourtant s’il est un projet sur lequel nous avons besoin de cette hauteur de vue et de cette abnégation qui caractérise les hommes d’Etat, c’est bien sur celui-ci. Car, au plan D qui visait, tant bien que mal, à réconcilier les citoyens avec l’Union, il faut sans tarder faire succéder un plan E autrement plus concret. Un Plan ainsi dénommé non pas pour respecter la logique alphabétique mais parce qu’il s’attacherait à réconcilier quatre E, celles d’Energie, d’Economie, d’Emploi et, bien sûr, d’Europe. Il reste 24 heures à nos commissaires pour nous prouver qu’ils placent cette quadruple exigence au-dessus de toute autre considération.
 
Source de la photo:wikipeda
 
Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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Mardi 19 décembre 2006 2 19 /12 /Déc /2006 16:30
Puis-je vous faire un aveu ? Je ne regarde jamais – ce qui ne veut pas dire que je ne les vois pas – les publicités dans la presse que je parcours chaque matin.
C’est donc à la RTBF, qui ouvre aujourd’hui ses journaux parlés en commentant des annonces publicitaires, que je dois d’avoir pris connaissance de la lettre que m’ont adressée, comme à quelques centaines de milliers d’autres Wallonnes et Wallons, Serge Kubla et Didier Reynders.
 
Parce que c’est bien d’une annonce publicitaire qu’il s’agit ! Conception pour le moins bizarre, dans une démocratie parlementaire, d’alimenter le débat de fond.
 
Cette annonce demande une réponse, parce que la part de réclame y cède trop à la désinformation.
 
La croissance
 
La Banque nationale nous annonce un taux de croissance de 3% pour 2006, soit un taux supérieur à la moyenne de la zone euro estimée entre 2, 5 et 2, 9%. Un taux qui n’a cependant rien à voir avec la croissance des pays émergents (plus de 10% pour la Chine, 8% pour l’Inde…), ni avec la croissance américaine de 3,4% en 2006 et de plus de 4% si on l’envisage sur une période plus longue.
 
Les prévisions fixent, pour 2006, la croissance régionale à 0, 2% en dessous de la croissance nationale. Sur la période 2000-2003, la différence a été de 0,4%. Cela montre de manière non contestable que la Wallonie se rapproche de la moyenne nationale en termes de croissance. Je souhaiterais évidemment que cela aille plus vite, mais je sais que cela implique un travail de fond et ne peut se limiter à des imprécations.
 
Le développement économique se construit sur le terrain et pas à coups d’annonces médiatiques. C’est la voie que je me suis tracée depuis juillet 2004.
 
Notre développement économique et donc l’amélioration du bien-être de nos citoyens sont intimement liés au développement de l’Europe et notamment de nos principaux partenaires. Dans ce domaine, la page est blanche. Nos ministres européens des Finances aiment se réjouir de la force de l’euro mais sans toujours se souvenir que la monnaie est un outil au service du développement économique et non une fin en soi.
 
Que fait aujourd’hui la Commission européenne en matière de politique économique ? Rien ou presque. Il faut absolument penser et installer une véritable politique industrielle européenne, ce qui impose un nouvel équilibre entre l’économie et les finances d’une part – symbolisées par les sommets Ecofin – et la politique industrielle. Obnubilés par les rapports euro/dollar, les ministres de l’Ecofin, dont notre ministre des Finances, sapent la compétitivité de l’industrie européenne, au point de mettre à mal son existence même.
 
Le développement social et économique de l’Europe ne se réalisera pas sans une coordination des politiques nationales et régionales. Si la volonté européenne est de devenir une des économies les plus performantes de la planète, il est indispensable de coordonner les politiques pour maximaliser les effets multiplicateurs des politiques publiques. Comme il est indispensable que les Européens coordonnent enfin leurs politiques fiscales et sociales – ce dont ne veut pas la droite qui préfère le dogme du libéralisme et des « lois » du marché – pour développer un véritable modèle européen, respectueux de toutes et tous.
 
 
L’emploi
 
Rappelons deux constats de base : qui dit croissance, ne dit pas forcément emploi, en tout cas pas dans la même proportion ni dans le même timing, qui dit hausse du chômage ne veut pas forcément dire baisse de l’emploi (avec un taux de chômage inacceptable, nous n’avons jamais connu autant de Wallonnes et de Wallons au travail qu’aujourd’hui).
 
Depuis 1997, le rythme de croissance de l’emploi privé est comparable en Flandre et en Wallonie. En une dizaine d’années, la Wallonie a connu une augmentation de près de 70.000 emplois.
 
Depuis 2005, inversant résolument la courbe constatée les 5 années précédentes, le taux de chômage a baissé. Ainsi, entre novembre 2005 et novembre 2006, le nombre de demandeurs d’emploi a diminué de 2.7% en Wallonie.
 
Au passage, je me demande pourquoi nos éminences libérales font état du nombre de demandeurs d’emploi arrêté au mois d’août dernier : retard à l’allumage ou désir immodéré de noircir le tableau ?
 
Wallonie-Bruxelles
 
La rationalisation, les économies d’échelle, l’efficacité, qui n’est pas pour ? Pas moi en tout cas. Mais aucun miroir aux alouettes n’a jamais produit rationalisation, économies d’échelle, efficacité et j’ajouterai transparence.
Ainsi la proposition de composer le Gouvernement de la Communauté française de tous les ministres du Gouvernement wallon et des ministres francophones du Gouvernement bruxellois est, au mieux, une fausse bonne idée sinon une escroquerie intellectuelle.
Sans entrer dans le détail et disant d’emblée qu’il faut effectivement renforcer les synergies entre la Wallonie et Bruxelles (si cela va dans les deux sens, évidemment), cette proposition va paralyser un système politique qui n’est déjà pas simple, plutôt que le rendre plus performant.
Deux exemples très simples.
Le premier. Je suis ministre de l’Economie, de l’Emploi et du Commerce extérieur. Avec mes homologues bruxellois qui se partagent ces compétences, que va-t-on décider ? De n’appliquer des politiques communes aux Wallons et Bruxellois que si et seulement si les Bruxellois flamands sont d’accord, donc de soumettre la décision politique de la Wallonie aux Bruxellois flamands ? Ou de remettre en cause la Région de Bruxelles-Capitale ?
 
Le second. A qui vont échoir les compétences purement communautaires (enseignement, culture, audiovisuel…) ? A un couple wallono-bruxellois ? Sinon, comment procédera-t-on à la répartition et avec quel cumul de compétences ? Le ou la ministre bruxellois(e) –pour autant qu’il ou elle soit francophone - de l’Environnement gérera-t-il (elle) l’audiovisuel et son homologue wallon(ne) l’enseignement ? 
Il faut bien sûr veiller ne pas multiplier le nombre de ministres ni celui de leurs collaborateurs mais encore faut-il que cela se fasse dans un souci de bonne gouvernance et d’efficacité et non par pur opportunisme politique. A moins que le MR ne veuille nous resservir la vieille antienne de la fusion Communauté-Région mais qu’à la veille d’une négociation institutionnelle majeure qui requiert la cohésion des Francophones, il avance masqué.
 
Une autre politique économique
 
 
Dans l’écho radiophonique qui a prolongé ce texte, Didier Reynders s’en est pris au plan Marshall, tout en reconnaissant de manière alambiquée sa nécessité. Cette sortie en solo est évidemment plus simple à faire qu’en co-signature avec Serge Kubla.
Mon prédécesseur a fait, pendant 5 ans, beaucoup de marketing. Moi, j’ai pris le parti de l’action, de la réalisation. La Wallonie avait en effet besoin d’une nouvelle politique économique et d’un vrai plan de relance économique : l’adoption et la mise en route du plan Marshall sont la concrétisation de cette volonté et je dirai de cette nécessité.
 
Trois ingrédients sont nécessaires pour réussir ce redressement : des femmes et des hommes dynamiques, de la créativité et de l’innovation, des moyens et des incitants financiers pour concrétiser les projets. Nous avons construit le plan Marshall sur base de ces trois ingrédients.
 
Les pôles de compétitivité en sont le plus bel exemple : pas de sous-régionalisme, pas de regard dans le rétroviseur mais la volonté décomplexée de l’ensemble des acteurs économiques, scientifiques, administratifs et politiques d’installer en bonne place la Wallonie dans un monde globalisé.
C’est l’innovation et la créativité au service du développement économique pour améliorer le bien-être et la qualité de vie de chacune et chacun.
 
Le plan Marshall, c’est aussi pour les pouvoirs publics, le respect absolu de leurs engagements. C’est pourquoi je me suis battu, avec succès, pour obtenir les moyens nécessaires à régulariser plus de 1.500 dossiers d’aides à l’expansion économique qui étaient en souffrance à mon entrée en fonction.
 
J’ajoute que si les aides régionales à l’investissement sont désormais exonérées d’impôts, c’est à mon initiative, avec le relais efficace de Laurette Onkelinx.
 
Quelle que soit la fonction qu’on occupe, où qu’on l’occupe, je pense profondément que la Wallonie a besoin de la contribution positive de tous plutôt que noircir le tableau, plutôt qu’agiter des hochets politiciens, plutôt que recourir au clientélisme épistolaire.
 
J’attends encore du ministre fédéral des Finances un soutien concret renforçant la dynamique du plan Marshall. Sur les zones franches par exemple.  
Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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Lundi 18 décembre 2006 1 18 /12 /Déc /2006 12:12
La gauche « anti-libérale », française, n’a toujours pas réussi à se mettre d’accord sur un candidat commun. Cette situation contraste singulièrement avec la manière particulièrement transparente dont le débat s’est mené au sein du PS français et a abouti à l’investiture de Ségolène Royal par les adhérents du parti.
 
Cette opposition illustre bien la stérilité typique de cette gauche radicale – aujourd’hui plus présente en Europe qu’elle ne l’avait été depuis de nombreuses années. D’abord, bien sûr, parce que sa logique utopique l’égare souvent dans des dérives qui sont loin d’être sans danger : en témoigne, le temps qu’il lui a fallu pour se distancier du communisme soviétique et, parfois même, de ses pires excès (qu’on songe au génocide cambodgien, par exemple). Mais aussi, parce que même lorsqu’elle est moins aveugle, son hostilité à toute économie de marché l’empêche d’envisager le moindre compromis avec la gauche de gouvernement. Et enfin, parce que pour faire de la politique, on doit avancer sur un projet, et on ne peut simplement s’accorder sur un « non », en l’occurrence le « non à l’Europe » de mai dernier, qui rassemblait, en France, à la fois un grand nombre de travailleurs inquiets pour leur avenir, mais aussi tout ce que le pays peut compter de chauvinisme xénophobe.
 
Faut-il déplorer cet émiettement de la gauche « anti-libérale » ? Comme socialiste, je pense que non et je l’assume. Certes, je comprends l’impatience de certains – en particulier parmi les jeunes – de voir les sociétés européennes si riches et, en même temps, si impuissantes (ou si frileuses) lorsqu’il s’agit de faire concrètement reculer les inégalités. Mais je crois que le rejet de tout compromis débouche en définitive sur une attitude de « refus du monde » qui ne fait avancer aucune cause concrète. N’oublions pas que c’est aussi l’émiettement des voix de la gauche qui avait permis à Le Pen d’accéder au second tour en avril 2002.
 
Aujourd’hui, parmi les six membres fondateurs de la « vieille Europe », l’extrême-gauche est bien présente : il n’y a qu’en Belgique et au Luxembourg qu’elle n’ait pas réussi une percée. Ma conviction est que ce n’est pas un hasard. Quels que soient les reproches que l’on peut lui faire – et certains sont légitimes – le PS, (et le SP y a contribué) a réussi, probablement mieux qu’ailleurs, à maintenir l’ambition centrale du socialisme : la protection des plus faibles par la mutualisation des risques. On nous envie souvent, chez nos voisins, la qualité de nos soins de santé, l’indexation des revenus, la protection des salariés, mais aussi des pensionnés et des chômeurs. Pour acquérir et défendre tout cela, le PS, dans la continuité de l’histoire du vieux POB, a fait beaucoup de compromis, c’est vrai. Ils étaient nécessaires. Mais il en a fait en définitive peut-être moins qu’ailleurs. Si la politique est, partout, l’art du possible, ce qui est possible dépend aussi de la volonté politique. Sans forfanterie et sans auto-satisfaction, si l’extrême-gauche fait entre 8 et 15 % des voix en France, en Allemagne, en Italie, aux Pays-Bas mais pas en Belgique, je pense que c’est sans doute aussi parce que le PS n’a pas trop mal réussi à maintenir le cap.
 
Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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Mercredi 6 décembre 2006 3 06 /12 /Déc /2006 15:02
Après la démission de Donald Rumsfeld, le très contesté Secrétaire d’Etat à la guerre de George Bush, c’est le non moins contesté John Bolton, ambassadeur des Etats-Unis auprès de l’ONU, qui s’apprête à tirer sa révérence. Ces signes sont ténus mais ils indiquent qu’après la victoire des démocrates aux élections de novembre dernier, l’Amérique recommence à penser un peu plus en termes de diplomatie et un peu moins en termes de « force brute ».
 
L’insuffisance de la force est une leçon que l’Europe avait déjà apprise, pour avoir été déchirée par deux guerres atroces en l’espace de vingt-cinq ans. Donald Rumsfeld, précisément, reprochait à la « vieille Europe » une tendance systématique à préférer la diplomatie aux moyens militaires et au pur exercice de la volonté de puissance. L’échec avéré de la plus puissante armée du monde à juguler la violence en Irak montre bien, à l’inverse, les limites de l’usage de la force, aussi technologiquement avancée soit-elle. Le tragique est qu’il a fallu des dizaines de milliers de morts innocents pour que l’opinion publique américaine se réveille.
 
Ses dirigeants et ses Etats membres ont du mal à rendre l'Europe exaltante pour le citoyen : un réel manque d'ambition politique, un déficit social criant, trop de distance, pas assez de dialogue. Tout cela est vrai. Cela ne devrait pas nous faire oublier à quel point le processus de la construction pacifique de l’Europe fascine les autres grandes régions du monde. Ironiquement, il faut qu’un Américain nous le rappelle : pour Jeremy Rifkin[1], « Bien qu’il soit trop tôt pour juger de l’avenir des « Etats-Unis d’Europe », une chose est, me semble-t-il, certaine : en un temps où l’espace et le temps s’effacent rapidement et où les identités se superposent et se globalisent, aucune nation ne pourra parcourir seule les vingt-cinq prochaines années. Les Etats européens sont les premiers à comprendre et à réagir aux réalités émergentes d’un monde interconnecté à l’échelle de la planète ».
 
Si la diplomatie européenne est parfois, c’est vrai, perçue comme inconsistante, c’est que l’Europe, de par son histoire, ne peut pas voir les choses en noir et blanc. Elle a au moins cet avantage sur les Etats-Unis, d’avoir pris ses distances avec la vision manichéenne du « bien » et du « mal » qui ne cesse de hanter le puritanisme américain historique. Nous savons que la barbarie ne se combat pas par la barbarie. Cela nous conduit parfois à manquer de cohésion et de détermination européennes. Mais peut-être précisément cette pratique de prudente gestion de la complexité est-elle aujourd’hui un atout pour traiter avec un monde musulman qui n’est pas moins riche en histoire et en diversité, une histoire qui nous concerne d’ailleurs pour une large part.
 
Peut-être le temps est-il venu pour la « vieille Europe » de se manifester davantage et d’utiliser sa « différence » pour aider à dénouer une crise qui menace d’embraser la planète.
 


[1] Jérémy Rifkin, Le rêve européen, Paris, Fayard, 2005.
Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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