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Lundi 3 septembre 2012 1 03 /09 /Sep /2012 13:34

Concernant l'allongement de la formation des enseignants, voici le discours que je prononçais ce vendredi au CIFEN.

  

« La formation initiale des enseignants en question. Une perspective internationale » - Université d’été du Centre Interfacultaire de Formation des Enseignants (CIFEN) - Vendredi 31 août 2012


Mesdames, Messieurs,

 

J’ai une nouvelle fois le plaisir et la mission délicate de conclure les travaux de cette Université d’été.

 

Plaisir, parce qu’en tant que Ministre de l’Enseignement supérieur en charge de la formation des enseignants, il est essentiel que vos préoccupations et les miennes se rejoignent. C’est je pense le cas aujourd’hui.

 

Vous le savez, la formation des enseignants est l’un des chantiers que le Gouvernement s’est engagé à ouvrir dans le cadre de la présente législature. En 2009 en effet, la Déclaration de politique communautaire actait, pour ce qui concerne l’enseignement supérieur, l’intention de prendre en considération les avis et besoins des acteurs de la formation initiale, dans le cadre d’un allongement de la durée des études.

 

L’évaluation participative - menée l’an dernier et qui a abouti à un rapport conséquent - offre au Gouvernement un grand nombre de pistes concrètes et de mesures à prendre pour améliorer la qualité de la formation des enseignants.

Elle a mis le doigt sur les incohérences de notre système éducatif et a tracé des perspectives qui dépassent la « simple » question de la « masterisation » de la formation.

 

De ce travail, un certain nombre de priorités ont été retenues - je vais y revenir. Les ateliers auxquels vous avez participé aujourd’hui s’appuyaient d’ailleurs en grande partie sur les données-clés de cet important rapport.

 

Conclure vos travaux est donc un plaisir mais également une tâche délicate : vous venez de consacrer toute une journée à écouter, discuter, débattre. Il me faut maintenir votre attention encore un peu.

 

Permettez-moi avant toute chose de vous remercier du temps que vous avez consacré à ces travaux, de l’intérêt que vous portez à ce sujet – depuis la fonction que vous occupez, là où vous l’exercez - et des suites que vous réserverez à la journée.

Soyez assurés que de mon côté, je prendrai acte des échanges qui ont eu lieu aujourd’hui. J’en tirerai des conclusions.

 

Que le CIFEN soit également remercié, et en particulier Jean-François Guillaume qui a coordonné l’organisation de cette journée, impliquant pour l’occasion tous les partenaires de la Grande Région, ainsi que ses collègues béninois.

 

 

Le temps est venu maintenant non pas de « clore les débats » mais d’« ouvrir un certain nombre de perspectives ».

 

Mon propos abordera la thématique de la formation initiale en

4 questions, assorties des réponses que je suis aujourd’hui en mesure de fournir:

  1. 1.   quel avenir le Gouvernement entend-il réserver maintenant à la formation initiale des enseignants en Fédération Wallonie-Bruxelles ?
  1. 2.   comment compte-t-il s’y prendre pour réformer ce qui doit l’être ?
  1. 3.   selon quel calendrier ?
  1. 4.   enfin, dans une perspective internationale, quels atouts peuvent être mis en évidence, quelles spécificités de notre système de formation doivent être conservées ?

 

 

  1. 1.   Quel est l’avenir de la formation initiale en FWB ?

 

Quelques mois se sont écoulés depuis la publication du rapport relatif à l’évaluation de la formation initiale. Cela peut sembler beaucoup.

 

C’est relativement peu cependant en regard du temps nécessaire pour diffuser ce document, s’approprier son contenu, orchestrer les changements nécessaires en tenant compte de la complexité des réformes à mener.

 

Sur base de ce travail et de divers avis remis auprès de mon Cabinet, une note d’orientation et d’organisation méthodologique du travail a été préparée et sera prochainement soumise au Gouvernement.

 

Le moment est en effet venu de concrétiser un certain nombre de propositions qui ont été formulées et de montrer à tous ceux qui se sont impliqués d’une manière ou d’une autre que leur avis a été non seulement écouté mais aussi entendu, qu’il sera encore pris en compte dans les étapes de travail qui vont être planifiées, et dans les décisions qui seront prises.

 

Permettez-moi de vous livrer quelques éléments de ce travail en cours.

 

Parmi les choix à opérer se pose par exemple la question de la sélection à l’entrée ou de l’accès pour tous à la formation d’enseignant. Je reste tout à fait favorable personnellement à l’accès pour tous, mais avec une meilleure orientation. Je pense également qu’il faut renforcer le niveau d’exigence de la formation initiale et faire le choix d’une amélioration de la qualité de la formation des formateurs parallèlement à celle des futurs enseignants.

 

Au-delà de cette question, il en est d’autres que nous aurons aussi à trancher :

-      Qui faut-il impliquer et à quel moment ?

-      Quelles modifications décrétales sont nécessaires à court, moyen ou long terme ?

-      Quels moyens doivent être dégagés ?

-      Selon quel calendrier raisonnable et réaliste des travaux pouvons-nous avancer, sachant que les enjeux dépassent largement ceux de l’actuelle législature ?

 

Voilà autant de questions pour lesquelles je proposerai des pistes de réponses à mes collègues.


 

2. Quel avenir … et deuxième question : comment s’y prendre pour réformer ce qui doit l’être ?

 

La proposition que je formulerai à mes collègues du Gouvernement, et en particulier à ma collègue de l’enseignement obligatoire avec qui une collaboration étroite est essentielle,  c’est de mener le travail en plusieurs mouvements. En ayant défini des priorités et des principes pour guider notre action. De cette manière, les mesures concrètes que nous mettrons en œuvre auront d’autant plus de sens qu’elles seront inscrites dans une vision d’ensemble, cohérente, réaliste et  ambitieuse pour notre enseignement.  

 

A mes yeux, trois mouvements complémentaires et interdépendants doivent être menés. Ils doivent l’être de front et de façon indissociable, même s’il s’agit de les planifier et de les mettre en œuvre dans des temps différents :

 

-      Le premier mouvement à initier est de tendre vers un renforcement progressif de la formation – initiale et continue - de tous les enseignants et de leurs formateurs. Formation initiale et continue doivent dès à présent se concevoir indissociablement ;

 

-      Le deuxième mouvement doit consister en une actualisation voire une redéfinition des métiers de l’enseignement pour qu’ils correspondent de façon plus adéquate à la réalité de l’école et des institutions de formation. Aujourd’hui en effet, il nous faut reconnaitre et soutenir le travail des enseignants, mais aussi de coordinateurs de projets, de conseillers, de tuteurs, et développer le cas échéant de nouvelles fonctions, de nouveaux métiers ;

 

-      Le troisième mouvement, enfin, est celui qui doit nous permettre d’évoluer vers une nouvelle structure de la formation – initiale et continue -, cohérente avec la structure du système éducatif et la réforme du paysage de l’enseignement supérieur que je construis par ailleurs.

 

Ces trois mouvements s’appuient sur un certain nombre d’options, de principes qui guideront notre action. Ils ne sont pas hiérarchisés : ils sont tous essentiels.

 

Avec ces 3 mouvements comme « cap à tenir » pour réformer la formation des enseignants, et des principes comme guides pour l’action, nous pourrons mettre en œuvre des mesures concrètes, issues notamment de l’évaluation de la formation.

 

C’est à titre d’illustration des propositions que je compte soumettre au Gouvernement prochainement que je vous livre quelques unes de ces options et de ces mesures. 

 

L’option 1, c’est d’améliorer la perception du métier, de le valoriser et de le faire connaitre – dans toute sa complexité et tous ses atouts. Mieux faire connaitre, pour mieux orienter et attirer vers la formation des jeunes motivés et avertis des difficultés. Je ne suis pas favorable à une sélection à l’entrée. Mais je n’accepte pas non plus que des étudiants se fourvoient et se rendent compte après quelques mois ou années qu’ils ont perdu leur temps dans un cursus qui n’était pas fait pour eux. Devenir enseignant, c’est accepter de faire des études exigeantes, c’est s’engager dans un métier, peut-être le plus beau des métiers, mais un métier complexe et difficile. Et sans décourager qui que ce soit, nous avons la responsabilité d’informer et d’orienter au mieux les jeunes qui se destinent à l’enseignement, nous avons le devoir de leur dire qu’il s’agit d’un métier bien plus exigeant que ce qu’on entend dire parfois.

 

Concrètement, je suggèrerai que l’on associe les différents acteurs de l’enseignement – en ce compris les élèves eux-mêmes – à la réalisation de campagnes de valorisation des métiers de l’enseignement et de découverte du quotidien des écoles et du système scolaire.

 

Deuxième option : oser assumer une formation exigeante, dont les contenus seront revus de telle manière que tous les éléments essentiels d’une formation de base s’y trouvent, quelle que soit la « trajectoire » de formation empruntée par les futurs enseignants, et les spécificités, développées par la suite.

 

Concrètement, je proposerai d’augmenter les occasions d’expériences pratiques en formation initiale, de renforcer le niveau d’exigence en maitrise de la langue de l’enseignement, d’accorder davantage de temps à une appropriation par les étudiants d’une formation articulant théorie et analyse collective des pratiques,… sans faire de la formation initiale un « fourre-tout » mais en développant si nécessaire des modules de formation ou d’information complémentaire (je pense par exemple à des compléments dans des domaines ciblés relatifs à l’aide à la jeunesse, à la promotion de la santé, à la spécificité de certains handicaps, …)

 

La troisième option, c’est d’aménager les transitions – entre l’enseignement secondaire et le supérieur, entre la formation initiale et continue, entre le début et la suite de la carrière, de manière telle que la formation se vive comme un continuum, une évolution, et non comme une suite de ruptures plus ou moins brutales qui parfois marquent à ce point les personnes qu’elles peuvent entrainer un abandon de la profession.

 

Par « formation », il s’agit désormais d’entendre à la fois la « formation initiale » des enseignants et leur « formation continue », dès leur entrée dans le métier.

 

Concrètement, je proposerai que les premiers pas professionnels des jeunes enseignants soient immédiatement soutenus et accompagnés.

Diverses formules peuvent être développées : au sein des équipes éducatives, les nouveaux enseignants doivent être accueillis, non comme des stagiaires mais comme des professionnels débutants. Et par leur direction et par les collègues.

Ils doivent être accompagnés dans leur travail, avoir l’occasion d’analyser avec d’autres et de faire évoluer leurs pratiques de débutants. Cela peut s’envisager grâce à leurs collègues expérimentés au sein de leur école, mais pourrait l’être aussi par le biais d’un dispositif leur offrant du temps de préparation et de concertation, avec d’autres « néo titulaires », des formateurs – en formation initiale ou continue, des conseillers, des chercheurs.

 

Quatrième option : profiter des ressources existantes, des expertises, des compétences spécifiques, des productions de la recherche scientifique… pour ne pas s’épuiser à réinventer la roue, pour sélectionner les ressources pertinentes.

Concrètement, je proposerai l’amélioration de relais entre recherche-formation et enseignement, la diffusion de supports et d’outils de travail, la connaissance de dispositifs de collaboration existants (à ce jour, notre enseignement dispose d’un site internet officiel qui peut être davantage encore un moyen de communication et un relais entre tous. Plusieurs universités et hautes écoles collaborent déjà autour d’objets de travail commun. Des partenariats entre établissements de promotion sociale et universités fonctionnent. Des supports de cours sont produits entre enseignants de mêmes disciplines. Ces initiatives sont encore souvent ponctuelles, personnelles. Elles gagneraient toutes à être mieux connues et encouragées).

 

Cinquième option : pour « retenir » dans le métier et soutenir le travail des enseignants, reconnaitre le travail d’équipe comme moyen de formation continue. Développer, soutenir et institutionnaliser les lieux où tous les acteurs – de tous les niveaux d’action et de décision - se rencontrent et échangent leurs questions, difficultés, pratiques et plaisirs d’enseigner. Cette option rejoint les précédentes.

 

Concrètement, je soutiendrai les projets de co-formation et de collaboration entre acteurs. J’encouragerai le développement de dispositifs qui articulent enseignement-formation et recherche En Wallonie comme à Bruxelles, il en existe déjà dans toutes les zones géographiques de notre Fédération. Je propose de les faire connaitre et de permettre à leurs auteurs de se rencontrer, d’échanger, de diffuser leurs pratiques respectives.

 

Enfin, parce que ce que l’on souhaite et exige des futurs enseignants, il faut également pouvoir l’exiger de leurs formateurs, le dernier principe qui doit guider les choix dans les réformes à venir est de réformer « en miroir » : ce qui vaut pour les futurs enseignants doit valoir aussi pour leurs formateurs.

 

Concrètement, je souhaite permettre l’accès des formateurs aux formations proposées par notre Institut de formation en cours de carrière aux enseignants en fonction. Au-delà de cette mesure, je souhaite contribuer activement au développement d’une plateforme informatique interactive. Autour de thématiques et de préoccupations de nos jeunes enseignants, encourager la réflexion et les échanges de points de vue de leurs formateurs.

 

 

Avec ces différentes options, avec ces grands principes, il s’agit de mieux attirer dans le métier, de mieux orienter, de mieux former et informer, de mieux outiller pour mieux aider.

 

Pour assurer les meilleures conditions de réussite à ces réformes, les trois orientations de travail nécessitent l’adhésion la plus large de tous les acteurs de l’enseignement (enseignants, directeurs, formateurs de chaque institution de formation, conseillers pédagogiques, inspecteurs,…).

 

C’est pour cela que je proposerai la mise sur pied d’une commission permanente de suivi des travaux, impliquant des représentants de chaque catégorie d’acteurs concernés. Pour garantir la cohérence de la réforme, en assurer la continuité et maintenir le cap qui dépassera bien évidemment le cadre de l’actuelle législature.

 

Outre les orientations générales, un certain nombre d’engagements ont été pris par le Gouvernement dans le cadre de la Déclaration de politique communautaire et un certain nombre de mesures concrètes proposées par les acteurs impliqués dans l’évaluation de la formation initiale des enseignants (un répertoire détaillé a été élaboré). Un grand nombre d’entre elles ne nécessitent pas de modifications décrétales majeures et sont réalisables à court terme. D’autres, pour être concrétisées, doivent être envisagées à plus long terme et être accompagnées de modifications plus importantes.

 

3. Selon quel calendrier ?

 

Pour avancer dès à présent et concrétiser de premières mesures d’ici décembre 2012, je proposerai au Gouvernement :

-      d’informer rapidement les différentes institutions de formation de ce plan d’ensemble (Hautes Ecoles, Universités, Ecoles supérieures des arts et de promotion sociale) ;

 

-      de leur donner l’occasion de pointer, dans le répertoire des mesures, celles pour lesquelles elles ont déjà élaboré des propositions concrètes le cas échéant. Je vous invite donc, si vous êtes formateur en HE, à l’université, en ESA ou en promotion sociale, à être attentif à l’arrivée de ce document dans vos établissements ;

 

-      de contribuer au développement d’une plateforme interactive articulant le travail des chercheurs, des formateurs, des jeunes enseignants et enseignants expérimentés. A la fois pour permettre la mise à disposition de ressources, mais aussi le développement de l’analyse collective de pratiques ;

 

-      de soumettre aux acteurs un projet global d’organisation de la formation initiale en cohérence avec la structure de notre système éducatif d’une part, de la réforme du paysage de l’enseignement supérieur, d’autre part.

 

 

4. Enfin, dans une perspective internationale, quels atouts peuvent être mis en évidence, quelles spécificités de notre système de formation doivent être conservées ?

 

S’il peut paraitre étonnant que la Fédération Wallonie-Bruxelles figure parmi les derniers à l’échelle européenne à ne former qu’une partie de ses enseignants à l’université, c’est qu’elle a toujours tiré profit des spécificités d’une formation professionnalisante, formant directement au métier. Nous devons préserver cette caractéristique et en faire un principe de réforme pour l’avenir.

 

Mais aujourd’hui, la plupart des acteurs s’accordent à dire que former à ce métier en si peu de temps relève presque de l’impossible tant les casquettes que l’enseignant doit porter sont nombreuses et variées, tant le contexte et les conditions de travail ont évolué.

 

Ainsi, s’il faut sans doute travailler à l’amélioration de ces conditions, et avoir l’audace, en augmentant la durée des études, de reconnaitre que rendre du temps de formation aux formateurs et aux futurs enseignants sera une bonne chose, il ne faudra pas perdre de vue cependant les qualités et les atouts de la formation actuelle en Haute Ecole.

 

Parmi ces atouts, retenons l’articulation entre la théorie et la pratique du métier, par les ateliers de formation professionnelle par exemple, par la confrontation régulière avec la pratique des enseignants en fonction.

 


 

Du point de vue de ces collaborations à développer ou à créer entre Ecoles Supérieures Artistiques, établissements de promotion sociale, Hautes Ecoles et Universités, la réforme de la formation initiale pourrait sans doute constituer un « cas d’école », exemple intéressant des synergies entre institutions, qui est une idée clé de la réforme du paysage de l’enseignement supérieur que je porte par ailleurs. Mais cela, c’est un autre sujet…

 

 

Avec ces quelques indications, j’espère sincèrement avoir pu lever une partie du voile de vos interrogations quant à la suite que je compte réserver à l’évaluation de la formation initiale : non, le rapport n’a pas été réalisé « pour rien ». Oui, il y aura des suites.

 

Nous les ferons ensemble. Je suis comme d’habitude toujours à votre écoute pour faire évoluer les choses.

 

Même si les perspectives budgétaires sont moroses, même si le chemin à parcourir est long et sinueux, empruntons-le… au bénéfice de l’enseignement et de la formation, au bénéfice de nos enfants.

Je vous remercie.

Par Jean-Claude Marcourt
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Lundi 3 septembre 2012 1 03 /09 /Sep /2012 11:41

Renaissance de Liège

Un eldorado pour le cinéma francophone

Si Liège s’est forgé une solide réputation chez les cinéphiles, elle le doit aux frères Jean-Pierre et Luc Dardenne. Mais elle a aussi formé une nouvelle génération de réalisateurs et d’acteurs, accueille bien des tournages et dispose d’un réseau de diffusion très actif.

par Hugues Dorzée, septembre 2012

« En termes de production, d’industrie technique et de dynamique dans la diffusion, Liège fait exception », estime M. Philippe Reynaert, directeur de Wallimage (1) et animateur à la Radio-Télévision belge francophone (RTBF). « On peut parler d’un petit eldorado pour le cinéma », confirme M. Jacques-Henri Bronckart, producteur (Versus Production). « A l’échelle mondiale, c’est une toute petite ville ; mais elle vit intensément, et son tissu social et associatif est extrêmement dense », déclare l’acteur et réalisateur Bouli Lanners.

Pour mieux comprendre les liens étroits que Liège entretient avec le cinéma, il faut remonter aux années 1970 et à une certaine tradition du film documentaire. Sous la houlette de feu Henry Ingberg, homme de théâtre et de lettres devenu plus tard secrétaire général du ministère de la Communauté française, plusieurs ateliers de production voient le jour : Fleur Maigre, Collectif Dérives, Wallonie Image Production [WIP], etc.

Parmi ces « cinéastes du réel » figurent les Dardenne, mais aussi Thierry Michel, Jean-Claude Riga, Jean-Christophe Yu… Tous portent un regard singulier sur leur région industrielle frappée par la crise. Ils tourneront des films engagés, ancrés dans la réalité sociale. « La crise économique, une politique culturelle innovante, les luttes ouvrières, la souffrance humaine… ce sont-là autant d’éléments qui nous ont poussés à témoigner », rappelle volontiers Luc Dardenne.

Cette tradition se prolonge aujourd’hui avec Les Films de la Passerelle de Michel (L’Affaire Chebeya, Katanga Business, Mobutu, roi du Zaïre), mais aussi avec Dérives Production, qui, fondé en 1975 par les frères Dardenne, produit chaque année trois ou quatre films et apporte son soutien à des réalisateurs chevronnés (Mary Jimenez, Jorge León, Nurith Aviv, Jean-Pierre Duret…).

« Liège ne dispose pas d’école de cinéma, et la plupart de nos réalisateurs vivent à Bruxelles ou à l’étranger. Mais je pense qu’ils apprécient la qualité du travail, l’accueil et l’accompagnement des projets, de l’écriture du dossier à la diffusion finale », assure Mme Véronique Marit, directrice de production chez Dérives. De fait, très régulièrement, les documentaires « made in Liège » sont primés dans de grands festivals en France, en Italie, en Allemagne, au Canada…

Depuis une vingtaine d’années, la ville est aussi devenue une terre de fiction. « L’extraordinaire rayonnement international des Dardenne y est pour beaucoup », souligne M. Reynaert. Tous les trois ans, de La Promesse (1995) au Gamin au vélo (2011), les deux frères engrangent les récompenses et les succès d’estime (2). Ils ont intégré le cercle restreint des cinéastes européens internationalement reconnus, tels Ken Loach, Pedro Almodóvar, Lars von Trier ou Aki Kaurismäki.

Tournages en série

Comme eux, plusieurs producteurs liégeois (MM. Jean-Yves Roubin, Joseph Rouschop, Jacques-Henri et Olivier Bronckart…) ont fait leur chemin. De façon souvent remarquable : ils défendent un cinéma d’auteur de qualité, soutiennent de jeunes réalisateurs, coproduisent et distribuent des films étrangers. Grâce à eux, une nouvelle génération de cinéastes d’origine liégeoise ou produits à Liège a émergé, de Lanners (Les Géants, Eldorado, Ultranova) à Joachim Lafosse (A perdre la raison, Elève libre, Nue-Propriété), d’Olivier Masset-Depasse (Illégal, Cages) à Micha Wald (Simon Konianski, Voleurs de chevaux), de Delphine Noels (Post-Partum) à David Lambert (Hors les murs) (3).

« Autrefois, les producteurs étaient de simples ensembliers financiers. Cette génération-là a bien compris qu’il fallait aller au-delà », explique M. Reynaert. Ces producteurs vont décrocher des financements publics et privés — notamment via le tax shelter, une incitation fiscale (4) —, puis s’imposer à l’international.

Par ailleurs, la région liégeoise est devenue un lieu de tournage attractif et réputé dans le milieu. Depuis 2006, grâce à la province de Liège et à Wallimage, un bureau de tournage, Clap !, propose aux réalisateurs belges et étrangers une série de services : recherche de décors, de techniciens ou de comédiens, conseils, castings, etc.

Entre les courts et les longs-métrages, les clips et les spots publicitaires, plus de deux cent vingt-cinq projets ont ainsi été soutenus. « Notre petite équipe, assez réactive, travaille en parfaite collaboration avec les bureaux de Namur et du Hainaut, indique M. Jean-François Tefnin. Nous avons la chance de disposer, dans un périmètre restreint, de décors naturels très variés : campagne, industrie, villes… Cette concentration permet de réduire considérablement les coûts de production. Par ailleurs, les pouvoirs publics coopèrent volontiers. »

Ainsi, de Tête de bœuf à Sœur Sourire, de Potiche aux Géants en passant par Bye Bye Blondie, les tournages se suivent dans la région, générant d’importantes retombées financières à travers la restauration et l’hôtellerie, les salaires des comédiens et des techniciens, les activités de post-production… En outre, la ville dispose d’un Pôle Image qui regroupe un ensemble de prestataires de services dans le secteur audiovisuel et fournit mixages, effets spéciaux ou images de synthèse (5).

Les associations mobilisées

Mais le septième art, à Liège, c’est aussi la diffusion, avec une association de promotion et d’exploitation de films baptisée Les Grignoux, membre du réseau Europa Cinémas (6). Celle-ci a débuté en 1982 avec l’ouverture d’un ciné-club (Le Parc) situé à Droixhe, en banlieue liégeoise. Elle dispose désormais de huit salles (cinémas Le Parc, Churchill et Sauvenière) et emploie une centaine de salariés. La clé du succès ? Une programmation riche et équilibrée, et un travail en profondeur au service du cinéma : avant-premières, partenariats avec le monde associatif, matinées scolaires, concerts, séances en plein air…

Les chiffres sont impressionnants : plus de 480 000 entrées par an ; 150 000 spectateurs francophones pour le projet « Ecran large sur tableau noir » ; un journal gratuit tiré à 60 000 exemplaires. « Nous essayons de susciter une dynamique permanente. En maintenant la qualité, et sans devenir un ghetto pour cinéphiles », déclare M. Dany Habran, responsable de la programmation.

« Comme nombre de Liégeois, s’incline Lanners, j’ai “biberonné” aux Grignoux. C’est une chance incroyable d’avoir un exploitant de salles comme celui-là. » Un atout pour Liège, qui a définitivement marqué le septième art de son empreinte.

Hugues Dorzée

Journaliste, Le Soir (Bruxelles).

(1) Wallimage est une société anonyme de droit public. Créé il y a plus de dix ans par la Région wallonne, ce fonds économique soutient les productions et les entreprises audiovisuelles en Wallonie.

(2) Jean-Pierre et Luc Dardenne sont nés respectivement en 1951 et en 1954 à Engis, près de Liège. Ils ont réalisé de nombreux films documentaires et de fiction (Falsch, Je pense à vous, La Promesse, Rosetta, Le Fils, L’Enfant, Le Silence de Lorna, Le Gamin au vélo). Luc est en outre l’auteur d’Au dos de nos images, 1991-2005, Seuil, Paris, 2005. Voir le site des Films du fleuve.

(4) Créé en 2004 en Belgique, le tax shelter permet à toute entreprise de bénéficier d’une exonération fiscale de 150 %du montant investi dans une production audiovisuelle.

Par Jean-Claude Marcourt
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Mercredi 25 avril 2012 3 25 /04 /Avr /2012 15:43

J'ai donné un cours de politique économique à Liège.  Voici le powerpoint que j'ai utilisé en support.

 

Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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Lundi 16 janvier 2012 1 16 /01 /Jan /2012 11:36

Réformes institutionnelles : une opportunité d’améliorer l’efficacité des politiques publiques

(Publié en 2009 dans la revue de la Faculté de Droit de l'ULg)

 

I. Introduction

 

 

La structure de l’État belge telle que nous la connaissons aujourd’hui « n’est pas sortie toute faite de l’imagination d’un homme, de la revendication d’une classe politique, de la volonté d’un peuple ou de l’essence surréaliste d’une nation. Le passage d’une structure unitaire à une structure fédérale (…) a été progressif. Cette transformation est l’aboutissement d’un long processus qui s’étale sur un quart de siècle et qui trouve son origine bien avant les décisions constitutionnelles qui en ont constitué les principales étapes »[1].

Ce processus déboucha sur quatre vagues successives de réformes institutionnelles en 1970, 1980, 1988-1989 et 1993 qui transformèrent l'Etat unitaire en un Etat fédéral. Même si la réforme de 1993 avait notamment pour objectif « d’achever la structure fédérale belge », les demandes notamment au nord du pays de poursuivre la fédéralisation de l’Etat ne s’estompèrent pas et une nouvelle étape fut ainsi franchie en 2001. Cette dernière répondait partiellement aux demandes d’autonomie fiscale du nord et de refinancement de l’enseignement au sud du pays.

Depuis les élections de juin 2007, la Belgique est confrontée à de nouvelles tensions communautaires, que l’échec des négociations institutionnelles de 2005 a contribué à exacerber. La Flandre revendique une « grande » réforme de l’Etat impliquant le transfert de nouvelles compétences importantes vers les Régions et les Communautés, et, parallèlement, un accroissement significatif de l’autonomie fiscale. Ces revendications sont connues de longue date. Elles sont synthétisées dans les cinq résolutions du Parlement flamand de 1999 votées à une large majorité. Même si une partie d’entre elles ont été rencontrées en 2001 notamment en termes de compétences et d’autonomie fiscale, elles ont été au centre de la campagne électorale flamande de 2007. Plusieurs arguments sont avancés à l’appui de ces revendications : les compétences seraient excessivement dispersées entre les différents niveaux de pouvoir, insuffisamment homogènes, ce qui nuirait à l’efficacité des politiques menées, le modèle actuel serait un fédéralisme de consommation où les entités fédérées ne seraient pas suffisamment responsables, le financement actuel mettrait en péril l’Etat fédéral et la Sécurité sociale, les critères de répartition des moyens entre les entités fédérées ne seraient pas suffisamment objectifs, etc.

Alors qu’une fédération émerge souvent d'un accord initial entre un nombre d'États séparés, la Belgique a connu le phénomène inverse, « glissant » progressivement d’un état unitaire vers un état fédéral. En Belgique, ce transfert de compétences était basé sur l’idée que les matières à régionaliser ou à communautariser seraient mieux réglées au plan régional ou communautaire qu’elles ne l’étaient à l’échelon fédéral. Tout est alors dans la définition de ce mieux qui est chez nous une construction aux variables innombrables dont la plus constante, du côté flamand, est la volonté de s’affranchir au maximum de la discussion à l’échelon fédéral ainsi que de la solidarité fédérale.

 

Quoi qu’il en soit, la décentralisation, comme la centralisation d’ailleurs, peuvent être sources de bien-être supplémentaire pour les citoyens des différentes entités. Au plan théorique, il n’est donc pas opportun de refuser a priori une éventuelle modification de la répartition des compétences entre l’Etat fédéral belge et les entités fédérées, dans un sens comme dans l’autre.

Notons également que même si la répartition des compétences entre les différentes entités résulte de considérations plus largement politiques ou culturelles, il n’en demeure pas moins que le résultat n’est pas très éloigné des principes définis dans la littérature économique. Cela n’exclut pas l’existence de certains problèmes et la possibilité d’amélioration de notre fédéralisme. Notre système fédéral est donc bien évolutif. Cependant, une modification ne peut réduire le bien-être d’une ou de plusieurs des entités[2]. L’analyse développée dans cet article s’appuie sur un modèle fédéral coopératif mais basé principalement sur les trois Régions : Wallonie, Flandre et Bruxelles. Deux aspects seront développés : d’une part, quelles sont les améliorations envisageables de répartition de compétences entre l’Etat fédéral et les entités fédérées et d’autre part, comment pouvons-nous organiser plus efficacement les compétences au niveau wallon, bruxellois et francophone ?

 

II. Des avancées au niveau fédéral

 

Une plus grande capacité d’action des entités fédérées peut aller de pair avec celle de l’Etat fédéral en positionnant chaque entité sur des champs de compétence bien circonscrits, ce qui permet à chaque entité de mener des politiques plus efficaces et à l’ensemble du modèle fédéral d’être plus cohérent. Le manque de lisibilité du système auquel nous sommes actuellement confrontés génère en effet une perte confiance chez le citoyen quant à la possibilité que les institutions soient en mesure de procurer un bien-être collectif. Par ailleurs, la superposition de compétences à plusieurs niveaux de pouvoir implique parfois de multiples initiatives politiques pas nécessairement coordonnées.

Le pré-requis à toute réforme institutionnelle fédérale est le maintien d’une sécurité sociale forte entre tous les citoyens, de quelle qu’entité fédérée qu’ils proviennent, et une solidarité forte entre les entités fédérales belges. Cela sous-entend bien évidemment que la Sécurité sociale soit durablement financée pour permettre de garantir le financement des pensions des prochaines générations et offrir à tous les citoyens des soins de santé de qualité. Pour ce faire, il faut veiller à un financement cohérent de la structure fédérale belge mais aussi à mettre en œuvre les politiques appropriées pour permettre à davantage de citoyens de disposer d’un emploi et ainsi participer à la pérennisation de notre modèle d’Etat providence.

Le droit du travail, la politique salariale et la sécurité sociale dans tous ses piliers et mécanismes de financement doivent demeurer du ressort de l’autorité fédérale.

Par contre, les Régions[3] doivent pouvoir exercer l’ensemble des compétences nécessaires à leur mission principale en matière de développement économique et de politique de l’emploi, à savoir l’accompagnement et le suivi actifs – en ce compris la formation (formation en alternance, congé éducation payé) - des demandeurs d’emploi et des travailleurs et ce, au regard des spécificités de leurs marchés du travail respectifs. Ainsi, les règles générales en matière d’emploi convenable et de dispense de disponibilité doivent rester fédérales tandis que leur application concrète s’opère au niveau des Régions, lesquelles doivent, dans ce cadre, prendre des engagements vis-à-vis de l’Etat fédéral.

Certaines compétences en matière d’emploi sont restées fédérales et pourraient être transférées aux Régions. Il s’agit de dispositifs d’insertion et d’emploi (les ALE, l’outplacement, l’accompagnement des travailleurs victimes de restructurations ainsi que les règles d’octroi de permis de travail temporaire).

Enfin, en matière de réduction de cotisations sociales et de plan d’embauche, les systèmes en place doivent, dans le respect de la concertation sociale, être simplifiés et mieux ciblés et adaptés aux réalités régionales.

Ce renforcement des compétences des entités fédérées doit s’accompagner d’un mécanisme de responsabilisation. Il doit tenir compte des besoins et possibilités de chacun, avec pour résultat, des retombées positives tant pour les Régions que pour l’Etat fédéral. Pour garantir la coordination des politiques de l’emploi et la maximalisation des effets multiplicateurs, on pourrait envisager, comme pour la politique budgétaire, un cadre définissant les stratégies des Régions et de l’Etat fédéral. L’évaluation des politiques menées aux différents niveaux de pouvoir pourrait être confiée à des organismes compétents comme le Conseil supérieur de l’emploi et le Conseil central de l’Economie, …

 

III. Une réforme des institutions wallonne, bruxelloise et francophone

 

La volonté politique flamande d’un approfondissement radical de l’autonomie des entités fédérées, l’aspiration à voir la Belgique évoluer vers un modèle confédéral, ont amené les Wallons et les Bruxellois à s’interroger sur leur avenir et leur devenir communs. C’est ainsi qu’en novembre 2007, un groupe Wallonie-Bruxelles a été mis en place en vue de se pencher sur l’avenir des institutions francophones et l’aménagement des compétences au sein de l’espace Wallonie-Bruxelles.

 

En avril 2008, les ministres-présidents de la Région wallonne et de la Région de Bruxelles-Capitale ont pris position dans ce débat, en développant un plaidoyer bi-régional dans le cadre duquel ils ont exprimé la conviction commune selon laquelle « Seules des Régions wallonne et bruxelloise fortes, établies sur pied d’égalité, permettront aux Wallons et aux Bruxellois de se fédérer et d’organiser de manière efficace les synergies et solidarités auxquelles ils aspirent, au service de leurs intérêts communs et respectifs. Une fédération bi-régionale Wallonie-Bruxelles sera ce trait d’union équitable et efficace dont nous avons besoin ».

Dans l’évolution institutionnelle belge actuelle, l’analyse développée par les deux ministres-présidents est intéressante. Une certaine redistribution des compétences communautaires en direction des Régions serait bénéfique pour l’ensemble des citoyens, l’objectif étant l’amélioration des services rendus à la population wallonne et bruxelloise tant francophone, néerlandophone que germanophone.

Les institutions, dès lors qu’il est acquis qu’elles s’enracinent dans le terreau démocratique, n’ont pas de valeur en soi ; elles peuvent être redessinées plus ou moins fondamentalement s’il apparaît que ces aménagements servent les intérêts légitimes des citoyens, contribuent à améliorer leur bien-être. La démarche adéquate consiste à jauger la pertinence du schéma institutionnel qui s’applique aujourd’hui en Wallonie, à l’aune des intérêts légitimes de ses habitants. En d’autres termes, ces intérêts sont-ils servis de manière optimale dans le schéma institutionnel actuel ?

Dans ce contexte, deux paramètres peuvent être mis en avant.

Le premier concerne la lisibilité du modèle institutionnel applicable au sud du pays. La circonstance qu’une institution apparaît comme peu ou pas compréhensible pour le citoyen, pose un problème que les responsables politiques ne doivent pas chercher à éluder. La dualité institutionnelle actuelle, où existe, à côté de la Région wallonne, une Communauté française, induit de l’incompréhension dans l’esprit de bon nombre de nos concitoyens. Combien de personnes en Wallonie seraient par exemple en mesure de dire qui compose le Parlement de la Communauté française ou dans quelles limites territoriales la Communauté française exerce ses compétences ? Hélas, sans doute, une infime minorité. Un tel constat, à propos d’une institution qui a entre ses mains des compétences aussi stratégiques que l’enseignement et la culture, pose fondamentalement question. Cette situation est-elle sans remède ?

Le deuxième paramètre concerne les compétences. Les compétences communautaires sont essentielles pour mener une politique économique cohérente dans les Régions. Qui peut contester aujourd’hui que le point essentiel à la poursuite du redéploiement économique est l’amélioration de son enseignement et sa meilleure adéquation aux besoins rencontrés par l’ensemble des opérateurs économiques ? Pourquoi la Wallonie ne pourrait-elle pas financer un programme de recherche fondamentale ambitieux renforçant sa politique industrielle ?

 

La simplification des institutions francophones

 

Alors qu’en Flandre, une même institution, la Communauté flamande, exerce à la fois les compétences communautaires et régionales, au sud du pays, la coexistence de la Région wallonne et de la Communauté française a été consacrée.

Le modèle moniste, aux yeux du monde politique wallon, n’a jamais paru sérieusement transposable au sud du pays, dès lors qu’il eût impliqué la dilution de la Région wallonne dans la Communauté française, et donc la négation pure et simple de cette Région. L’idée d’un fédéralisme basé sur l’existence de quatre entités – la Communauté flamande, la Communauté française, la Région bruxelloise et la Communauté germanophone -, constitue une aberration sur le plan sociologique et politique. On ne peut pas faire abstraction du fait régional wallon.

On doit constater aujourd’hui qu’au sein de l’espace Wallonie-Bruxelles, les Régions wallonne et bruxelloise constituent des données institutionnelles incontournables. 

Un autre constat s’impose avec la force de l’évidence : des trois entités que constituent la Région wallonne, la Région de Bruxelles-capitale et la Communauté française, c’est cette dernière institution qui constitue le niveau de pouvoir le moins lisible pour le citoyen. Les Bruxellois et les Wallons s’identifient aisément à leur Région, mais cela semble beaucoup moins le cas pour la Communauté française, qui leur apparaît comme une institution opaque, dont la composition et l’exercice des compétences obéissent à des règles complexes, hors de portée de nombre de nos concitoyens. Notons par ailleurs qu’il n’existe dans le monde aucun état fédéral dont les entités fédérées (qu’elles soient des cantons, des länder, des states, des negens, …) ne sont pas déterminées sur base territoriale.

Des solutions peuvent être mises en avant pour améliorer la lisibilité de l’institution communautaire. Il est possible, en effet, et souhaitable, de reconfigurer la Communauté française, en la redéfinissant, de manière explicite, comme un lieu de rencontre et de solidarité entre les Wallons et les Bruxellois francophones, dans le cadre duquel ceux-ci s’entendent pour gérer en commun une série de matières, à définir. Cette approche rejoint l’idée d’une fédération Wallonie-Bruxelles promue en avril 2008 par les ministres-présidents wallon et bruxellois.

 

A. Les lignes de force de la refondation

 

Il s’agirait de transférer le solde de compétences exercées par la Communauté française à la Région wallonne et aux francophones de la Région bruxelloise (ci-après la Cocof), comme le permet l’article 138 de la Constitution. De façon à maintenir l’existence d’un lien institutionnel entre les Wallons et les Bruxellois francophones, ce transfert s’accompagnerait d’une gestion commune, par la Région wallonne et la Cocof, des matières communautaires au sens de la Constitution et des lois spéciales, que les élus wallons et bruxellois francophones décideraient de soumettre au régime de la gestion commune. Au niveau bruxellois, une intégration plus forte de la Cocof et de la Région bruxelloise pourrait même être envisagée à condition que des mécanismes permettant de garantir l’effectivité des prises de décision au bénéfice des francophones soient mis en place.

 

Sur le plan institutionnel, cette gestion commune se traduirait, au niveau des matières communautaires maintenues en commun, par la tenue d’un Gouvernement commun, par la possibilité de créer des services administratifs communs, par la tenue de réunions parlementaires conjointes (commissions, plénières) dans le cadre d’un parlement réuni, et par l’élaboration d’un budget commun.

 

Afin de conférer un caractère structurel à cette gestion commune, les règles concernant le fonctionnement du Gouvernement commun et du Parlement réuni, pourraient soit faire l’objet de décrets adoptés à la majorité des 2/3 dans chaque assemblée (Région wallonne et Cocof), soit être inscrites dans la loi spéciale tout en pouvant être modifiées par voie de décrets adoptés à la majorité des 2/3 dans chaque assemblée.

 

L’accord entre francophones sur les matières à gérer en commun et sur le modèle institutionnel constituerait un préalable à la mise en oeuvre de la formule : la Communauté française subsisterait dans son fonctionnement actuel, jusqu’au moment où un tel accord serait dégagé.

 

B. Avantages de la formule

 

L’actuelle Communauté française disparaîtrait et serait remplacée par un modèle institutionnel explicitement fondé sur une coopération renforcée entre les deux Régions, appelées à gérer ensemble les matières définies comme communes.

Le modèle institutionnel serait simplifié : il n’y aurait plus de Communauté française comme telle mais des matières communes gérées par les Régions, ensemble, dans le cadre de réunions conjointes des Gouvernements et des Parlements.

Le lien structurel entre les Wallons et les Bruxellois serait maintenu et pourrait même être renforcé dans l’hypothèse où la réforme de l’Etat se traduirait par de nouvelles et importantes défédéralisations de compétences. La structure commune pourrait servir de réceptacle à certaines compétences transférées, s’il apparaît aux Wallons et aux Bruxellois francophones qu’il convient de les soumettre au régime de la gestion commune.

La cohérence de la refondation institutionnelle proposée avec le principe selon lequel, pour les Wallons et les Bruxellois, les Régions sont les entités fédérées de référence, serait parfaite, puisque la gestion commune des matières communautaires trouverait son fondement dans une décision prise par les deux Régions.

 

C. Mise en œuvre de la formule

 

La mise en œuvre de la formule bi-régionale suppose de trancher un certain nombre de questions concrètes, concernant la composition et le fonctionnement du Parlement commun (1), la composition et le fonctionnement du Gouvernement commun (2), et le siège de ces institutions (3).

 

1.     Composition et fonctionnement du Parlement commun

 

Le Parlement commun pourrait être composé et fonctionner comme l’actuel Parlement de la Communauté française (75 wallons et 19 Bruxellois), ou comprendre tous les parlementaires wallons (75) et tous les parlementaires bruxellois francophones (72), ou être constitué d’une émanation de ces deux parlements, selon des modalités à déterminer. Dans ce dernier contexte, il pourrait s’agir d’une représentation, sinon égalitaire, à tout le moins, assurant une surreprésentation aux Bruxellois, de manière à leur permettre d’atteindre la masse critique adéquate.

 

Le choix en faveur de l’une de ces formules de composition peut n’être assorti d’aucune règle particulière ou bien s’accompagner d’un mécanisme de sonnette d’alarme ou bien encore d’un système en vertu duquel aucun décret ne peut être adopté s’il n’est pas soutenu par une majorité (ou par un tiers au moins) du groupe formé par les membres issus d’un Parlement régional.

 

2.     Composition et fonctionnement du Gouvernement commun

 

a.   Composition

 

Par définition, le Gouvernement commun serait composé de ministres régionaux.

 

Il convient d’écarter la formule où tous les ministres régionaux siègeraient, afin de prévenir la mise en place d’un Gouvernement commun pléthorique [4], et de prévoir un nombre limité de ministres appelés à participer au Gouvernement commun, à déterminer en fonction du volume des matières soumises à la gestion commune, et qui ne devrait pas dépasser les cinq unités. Cette modalité n’empêcherait pas le Gouvernement commun d’inviter à ses réunions d’autres ministres régionaux, en fonction du contenu de l’ordre du jour.

Le Gouvernement commun pourrait être composé selon la formule actuelle (et compter au moins un ministre bruxellois[5]), ou selon une formule d’inspiration paritaire dans le cadre de laquelle le Gouvernement commun compterait autant de membres du Gouvernement de la Région wallonne que de membres du Gouvernement de la Région de Bruxelles-capitale, à une unité près. Cette formule présente l’avantage de la souplesse. Elle permet de mettre en place un Gouvernement commun composé d’un ministre-président issu de la Région wallonne, de deux ministres régionaux wallons et de deux ministres régionaux bruxellois. Elle permet aussi de confier la fonction de ministre-président à un ministre bruxellois, sans que cela implique nécessairement que les membres bruxellois deviennent majoritaires au sein du Gouvernement commun, circonstance qui pourrait, en pratique, susciter des réticences à l’attribution de la fonction de ministre-président à un ministre bruxellois.

 

b.   Fonctionnement

 

Le Gouvernement commun déciderait au consensus. La règle du consensus empêche les ministres issus d’une Région de décider contre la volonté des ministres issus de l’autre Région et est de nature, comme c’est le cas aujourd’hui au sein du Gouvernement de la Communauté française, à garantir la juste prise en compte des intérêts respectifs des Wallons et des Bruxellois dans la gestion des matières communes.

 

Par ailleurs, dans la logique du système bi-régional, les ministres régionaux au sein de l’organe commun devront, en pratique, bénéficier du soutien du gouvernement régional dont ils sont issus, quant aux positions qu’ils expriment.

 

c.    Responsabilité politique

 

Dans la logique du schéma bi-régional, le Gouvernement commun est censé bénéficier du soutien d’une majorité d’élus issus du Parlement wallon ainsi que du soutien d’une majorité d’élus issus du Parlement de la Cocof. Toute autre formule aboutirait à ce que les institutions communes puissent mener des politiques contre la volonté d’une des deux Régions, ce qui est de nature à conduire à des tensions et à des blocages.

 

Dans le cadre de cette logique bi-régionale, le Gouvernement commun entrerait en fonction moyennant un vote de confiance exprimé à la majorité absolue des membres de chaque groupe d’élus régionaux (et donc aussi, à la majorité absolue des membres du Parlement réuni).

 

Le Gouvernement commun pourrait faire l’objet d’une motion de méfiance constructive dirigée contre un ou plusieurs ministres individuellement ou contre l’ensemble de ses membres.

 

En cas de motion de méfiance constructive émanant du Parlement commun, donc en rapport avec l’exercice de compétences communes, la motion ne serait recevable que si elle propose, pour remplacer le ou les ministre(s) visé(s) par la motion, un candidat qui est membre du Gouvernement régional dont est(/sont) issu(s) le(s) membre(s) visé(s) par la motion[6]. En fonction de son ampleur, le vote d’une telle motion pourra impliquer, en pratique, des remaniements au sein des Gouvernements régionaux.

 

En cas de motion de méfiance constructive adoptée par un Parlement régional donc dans le cadre des compétences régionales, à l’encontre d’un ministre par ailleurs membre du Gouvernement commun, ce ministre sera démissionnaire de plein droit du Gouvernement commun, par l’effet de la règle selon laquelle il faut être ministre régional pour être ministre du Gouvernement commun. Il appartiendra au Parlement réuni de le remplacer par un autre ministre régional (celui élu dans le cadre de la motion de méfiance constructive ou une autre personne).

 

3.     Siège du Parlement et du Gouvernement réunis

 

Sous réserve d’une évaluation des inconvénients pratiques et stratégiques d’une telle solution, il semblerait logique que les instances communes se réunissent alternativement, selon un cycle à définir, aux sièges des Gouvernements et Parlements régionaux. Le dédoublement du siège des institutions communes permettrait d’assurer un double ancrage, wallon et bruxellois, à l’ex-instance communautaire, et pourrait faciliter l’appropriation par les Wallons et les Bruxellois du nouveau modèle.

 

IV. Conclusion

 

Comme il a été souligné supra, les institutions n’ont pas de valeur en soi ; elles n’ont un sens que si elles permettent d’améliorer le bien-être collectif de notre population.

 

Le Plan Marshall en est le meilleur exemple : la Wallonie est prête à prendre son destin en main ; Elle est prête à exercer et à assumer des compétences supplémentaires dans le cadre d’une future réforme de l’Etat.

 

La modeste contribution de cet article vise à tracer quelques pistes à cet égard. Dans un pays aussi complexe que la Belgique, elles ne pourront voir le jour qu’après de difficiles négociations et ne seront donc probablement jamais appliquées telles quelles. 

 

Mais l’état d’esprit dans lequel elles ont été réfléchies devra, lui, perdurer et être celui à l’aune duquel nous examinerons les propositions soumises. Cet état d’esprit ne pourra se résumer à une simple affirmation régionaliste ou au sentiment d’impuissance face aux ukases du nord du pays. Par contre, nous devrons être conscients et confiants que l’octroi à la Wallonie de leviers supplémentaires en termes d’emploi, d’enseignement, de culture, … doit lui permettre de faire face aux défis auxquels elle sera confrontée demain.



[1] Lentzen E., Le processus de fédéralisation in Où va la Belgique ? Les soubresauts d’une petite démocratie européenne, L’Harmattan, 1998.

[2] Bayenet B., Capron H. et Liégeois Ph., L’espace Wallonie-Bruxelles, de Boeck, 2007.

[3] Voir infra

[4] Dans l’état actuel des choses, il pourrait compter 14 ministres. Le nombre maximum de ministres régionaux est en effet fixé à 9. Dans les matières communautaires exercées par décret, les secrétaires d’Etat bruxellois sont considérés comme des ministres à part entière, ce qui donne 5 ministres bruxellois.

[5] La règle actuelle est que le Gouvernement de la Communauté française doit compter au moins un ministre domicilié à Bruxelles. Ce ministre ne doit donc pas être membre du Gouvernement régional bruxellois. Dans le modèle bi-régional, les Bruxellois siégeant au sein du Gouvernement commun devraient être membres du Gouvernement de la Région bruxelloise.

[6] Ce qui suppose que tous les ministres régionaux ne composent pas le Gouvernement commun.

Par Jean-Claude Marcourt
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Samedi 17 septembre 2011 6 17 /09 /Sep /2011 15:30

N’en déplaise à ceux que l’évolution institutionnelle hérisse, nos Régions se préparent activement à recevoir leur lot de compétences additionnelles. Pour peu que l’encre des transferts puisse sécher,  on en commentera un jour la teneur et l’harmonie.  A  ce jour, toutefois, l’unique certitude réside dans le rôle de premier plan que la Wallonie, comme la Flandre et Bruxelles, toutes régions ‘à part entière’, seront amenées à jouer dans la Belgique du 21ème siècle.


Trentenaire, notre Wallonie a traversé au fil des âges quantité d’événements qui lui ont permis d’enraciner une personnalité trempée, empreinte de lucidité, foncièrement volontariste et ouverte sur le monde. Notre Région dispose ainsi d’une ancestrale rage de vaincre et d’une capacité croissante à se remettre en question, atouts autrement plus structurants que les aléas d’une conjoncture économique, par définition mouvante.

La Wallonie a ainsi compris qu’elle maitrisait son redéploiement, que son développement économique était généré par elle et pour elle.  C’était l’objet hier du Contrat d’Avenir et du Plan Marshall. C’est aujourd’hui celui du Plan Marshall 2.vert, de l’Alliance Emploi-Environnement ou encore de Creative Wallonia.

La mise en œuvre de ces programmes structurants a déclenché la prise de conscience collective d’une identité wallonne, allergique à tout repli sur soi, et moteur dynamique du développement de sa Région, notre Région !


Il faut aujourd’hui encore aller plus loin. Les discussions ayant cours actuellement pour la formation d’un gouvernement fédéral le démontrent à l’envi : construire un projet collectif pour la Wallonie est le meilleur garant de la pérennité d’un Etat fédéral efficace,  puissant rempart contre le séparatisme.

Cela nous oblige donc tous à réfléchir aux moyens permettant d’offrir une plus grande surface politique à la Wallonie  et, dans ce cadre, nous devons constamment nous demander comment dynamiser encore la façon dont notre Région structure son espace public et démocratique. Non pas dans une réflexion purement institutionnelle, réservée à quelques commentateurs ou experts autodésignés, mais en ce que cela soutient le développement de ce projet.


Car que nous venions de Charleroi ou de Liège, vivions à Nivelles ou Dinant, travaillions à Arlon ou Mouscron, nous œuvrons à ce que l’intérêt suprême de la Wallonie transcende les intérêts sous-régionaux et locaux, sans pour autant les effacer.

Aussi, si nous voulons offrir à notre Wallonie une affirmation plus marquée du fait politique régional, une surface politique à la hauteur des nouveaux défis en instance de transfert, nous devons assumer  davantage encore le devenir de notre Région en la dotant des symboles affirmant ce fait régional,  telle une circonscription électorale à l’échelle de la Wallonie !


Notre Wallonie a en effet besoin de structurer institutionnellement la conscience politique régionale qui s’affirme différemment dans toutes les formations politiques. La confirmation parlementaire de cette incarnation régionale illustrerait sans ambages combien la Wallonie entend assumer pleinement son rang, et se doter des outils nécessaires au fonctionnement optimal de la Belgique du 21ème siècle.


La poursuite de ce projet wallon se trouvera accélérée par la réforme en profondeur que connaîtra notre pays et le rôle prépondérant que joueront les Régions dans le cadre des transferts des compétences. Les Régions seront la pierre angulaire du nouveau système institutionnel belge et devront donc être le réceptacle de nombreuses compétences transférées par l’Etat fédéral.

Cela nous obligera également à ouvrir un débat au sein de l’espace francophone sur l’organisation des compétences qui y sont exercées, car nous partageons l’idée qu’il est essentiel de restructurer et de simplifier les niveaux de pouvoir intermédiaire.


Car ce mouvement,  la Wallonie le déploiera main dans la main avec Bruxelles, Région autonome et à part entière, dans le cadre  d’une véritable Fédération Wallonie-Bruxelles, trait d’union institutionnel par excellence entre ces deux Régions, tout en garantissant, en Wallonie, un statut particulier à la Communauté germanophone.


Architectes de leur avenir, Wallonnes et Wallons nous trouveront avec tant d’autres à leurs côtés pour vaincre plus efficacement les derniers résidus des clichés éculés qui, à force de répétition, ont pu ronger leur désir d’assumer plus de responsabilités, à l’intérieur de l’indispensable Etat belge en voie de modernisation.

 

Par Jean-Claude Marcourt - Publié dans : jc.marcourt
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